En quoi notre vie vaut-elle d’être vécue si nous avons constamment l’impression d’être des imposteurs ? Et comment réagir aux évènements violents qui peuvent ensanglanter notre passage sur terre ? Telles sont les interrogations fondamentales de ce roman.
E. R Pendleton est professeur de lettres à l’université de Bannockburn, où sa situation de titulaire est remise en cause parce qu’il n’a rien publié depuis longtemps et qu’aux Etats-Unis, un professeur d’université doit publier afin de conserver prestige et fonction.
C’est dans ces circonstances délicates qu’il est chargé de recevoir sur le campus Allen Horovitz, ami de fac devenu écrivain célèbre. Il décide alors de se suicider le soir de la venue d’Horovitz, ne supportant pas son propre échec. Il rate son suicide de peu et vit désormais sous la surveillance d’Ali Wiltshire, une étudiante, qui découvre dans sa cave un manuscrit inédit de Pendleton, dans lequel le personnage principal commet un meurtre abominable, qui n’est pas sans rappeler un fait divers qui a secoué la région, quelques années auparavant.
Le livre de Pendleton est publié et connaît un grand succès (grace au soutien d’Horovitz) mais le doute s’insinue. Pendleton n’est-il pas le meurtrier que la justice recherche depuis des années ?
Sur cette trame romanesque, Michael Collins dresse le tableau d’une Amérique vaincue par la sinistrose. Un endroit où la culpabilité personnelle, feinte ou réelle règne en maître.
Que Pendleton soit coupable ou pas du meurtre qui est le noyau dur de son roman, a peu d’importance. Le sentiment de culpabilité ontologique qu’il éprouve par rapport à lui-même, prime. Adi Wiltshire l’étudiante qui découvre le roman, dans la cave, stagne depuis des années dans la même université et se sent coupable d’imposture intellectuelle. De même, Allen Horovitz dont la célébrité ne semble pas en rapport avec la vacuité de sa production.
Michael Collins allie la comédie des impostures, qui anime l’existence d’intellectuels avec une description âpre d’un univers sans dieu, où les disparitions sont monnaie courante, ainsi que le sexe et la violence.
Jon Ryder, le flic qui s’occupe des affaires classées, est un personnage tragique. Il ouvre à nouveau le dossier d’Amber Jewel (celle dont parle le livre de Pendleton) et s’engage corps et âme pour élucider l’affaire. Mais la vie de Ryder est une catastrophe qui n’a rien à envier aux affaires qu’il traite. Une catastrophe qui finira par lui exploser au visage comme un baton de dynamite.
Il faut du talent pour décrire un désastre et fasciner le lecteur. Ce talent est l’apanage de Michael Collins, irlandais d’origine qui marie le roman universitaire (David Lodge, Philip Roth) aux enquêtes déprimantes dans un pays réuit à ses aires d’autoroute et ses stations d’essence.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 03/05/2007