Avec La vie moderne, Raymond Depardon signe un bouleversant portrait de la paysannerie française.
Le film commence par un long et beau travelling : Raymond Depardon filme depuis sa voiture la route qui mène à la ferme du Vilaret, en Lozère. On y retrouve les frères Privat, deux courageux octogénaires qui ont passé leur vie derrière leurs brebis et qui ne comprennent plus très bien leur neveu (devenu exploitant principal de la ferme et qui vient de se marier avec une non-cévenole).
Depardon s’invite chez les agriculteurs, jeunes ou vieux, et les interroge avec un profond respect. Il sait composer avec la rareté de leur parole, il a appris à gagner leur confiance et n’a plus à prouver ses bonnes intentions.
La mise en scène, d’une sobriété magnifique, renforce le propos de Raymond Depardon. Il filme le plus souvent en longs plans-fixes, laissant le temps au spectateur de profiter de la beauté de l’image, et à l’interviewé de parler. Le réalisateur cherche manifestement à rendre cette intimidante caméra moins encombrante et moins envahissante.
D’un point de vue photographique, Raymond Depardon réalise de très beaux portraits à la couleur très soignée et dans lesquels le sujet est véritablement au centre de l’image.
Les différents portraits, qui sont autant de chapitres, sont séparés chacun par un long travelling sur les routes menant aux différents exploitations. Raymond Depardon nous donne ainsi à voir la campagne française sous toutes ses teintes et par toutes les saisons.
Ces paysans se livrent peu et sont tout en retenue, se contentant le plus souvent de répondre par oui ou par non.
Pourtant, Raymond Depardon parvient, patiemment, à ce que ces paysans parlent de leur métier, un métier noble fait de passion et d’abnégation. Le portrait n’est alors plus seulement une belle image, mais devient un témoignage verbal et sensible.
Les vieux ont du mal à s’arrêter, les jeunes peinent à s’installer, et l’on regrette que le flambeau ne se transmette que difficilement.
Il est dur d’entendre une mère dire, à son gamin qui rêve de devenir paysan, que les agriculteurs n’existeront bientôt plus parce qu’ils ne serviront bientôt plus à rien.
S’ils devaient disparaître, il nous resterait en souvenir consolateur ce magnifique film sobre, patient et passionné.
"Pour être éleveur, il ne suffit pas d’aimer son métier, il faut être passionné."