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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 La vie en sourdine

La vie en sourdine

David LODGE

Traduit de l'anglais par Maurice et Yvonne Couturier - 413 pages - Editions Rivages

Et ta critique ?




Pour David Lodge, être aveugle est tragique alors qu’être sourd s’apparente au comique… de situation. Au delà du handicap, son roman est une méditation sur la mort, la vieillesse et autres joyeusetés.


David Lodge est devenu célèbre dans le courant des années 1980 avec une poignée de romans situés dans l’université d’une ville imaginaire du nord de l’Angleterre, Rummidge. Changements de décor, Jeux de société, Un tout petit monde, ont séduit le lectorat grâce à leur humour et à la description acide des mœurs universitaires ou encore des relations entre l’entreprise et l’université.

Par ailleurs, théoricien du roman et fin connaisseur de l’œuvre d’Henry James, David Lodge est l’auteur de La vie en sourdine publié par les éditions Rivages qui ont publié toute son œuvre. Ce roman qui mêle comique et gravité, s’avère d’une grande ampleur.

Desmond Bates, le personnage principal et narrateur du roman, est un professeur de linguistique à la retraite qui, depuis quelques années, devient de plus en plus sourd. Pour ne pas perdre contact avec le monde extérieur, Desmond est appareillé. Cette situation offre cependant autant d’avantages que d’inconvénients. L’appareillage pouvant, dans certaines circonstances, agir comme une chambre d’échos insupportable.

Desmond est à la retraite depuis quatre ans, retraite qu’il a dû anticiper à cause de sa surdité qui rendait difficile tout contact avec les étudiants ou le corps enseignant. Cette situation le plonge dans une vieillesse prématurée en comparaison de son épouse qui, elle, dirige une florissante boutique de décoration dans un centre commercial.

Dans une soirée, il fait la connaissance d’Alex, une jeune américaine qui rédige un mémoire sur les dernières lettres ou témoignages écrits de suicidés et aimerait que Desmond soit son directeur de thèse. Sur un quiproquo, il acceptera de la rencontrer. Elle ira jusqu’à le harceler.

Parallèlement, Desmond poursuit un dialogue difficile avec son vieux père de 90 ans, ancien musicien de bal, que l’âge rend sénile.

Voilà quelques-uns des ingrédients travaillés par David Lodge pour donner un roman où les touches humoristiques se fondent dans un ensemble plus sombre. On se rend alors compte que le propre des grands écrivains est de nous éclairer sur les différents âges de la vie.

De la description détaillée des envies et besoins du mâle quadragénaire, l’auteur est passé maintenant à cet entre-deux de l’âge mur à la vieillesse qu’on arpente quand on se trouve au milieu de la soixantaine.

Un point autobiographique (comme son personnage, David Lodge est déficient auditif) permet d’obtenir un point de vue différent sur la condition humaine. A la lecture de La vie en sourdine, on touche du doigt combien la condition de surdité s’apparente à une souffrance quotidienne, que l’on soit appareillé ou non.

Au fond, l’auteur se pose cette question, que nous nous posons tous : comment vivre sa vie, avec ses particularismes, ses moments de joie comme de honte. Il y répond en auscultant un particulier qui en devient universel.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 29/09/2008