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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 La vérité sur Marie

La vérité sur Marie

Jean-Philippe TOUSSAINT

Les Éditions de Minuit - 205 pages

Et ta critique ?




On se dit en achetant le dernier roman de Jean-Philippe Toussaint avec une moue dubitative qu’une fois de plus on est en train de se faire rouler dans la farine des couvertures blanches frappées de l’étoile bleue, que c’est un livre pour les critiques, que La Salle de bain nous est tombé des mains, et puis… On a tort ! La vérité si je mens, c’est un grand livre.


L’orage et l’incendie bornent le récit du narrateur, deux scènes presque d’action qui encadrent un récit à la première personne. Au milieu, une troisième scène, la poursuite improbable d’une cheval de course sur les pistes détrempées de l’aéroport de Narita, forme un point d’orgue à la Malaparte.

Le narrateur et Marie se sont quittés après six ans de vie commune, mais il se rue chez elle lorsqu’elle lui téléphone une nuit d’orage pour l’appeler à l’aide : son amant vient de s’effondrer dans sa chambre, après qu’ils ont fait l’amour une dernière fois (crise cardiaque, cet étalon-là n’était pas un poulain de l’année). Il arrive à temps pour voir le SAMU emporter le corps inanimé de Jean-Christophe, et tenter de réconforter Marie, sans toutefois la retrouver complètement.

En fait Jean-Christophe s’appelle Jean-Baptiste, mais ce n’est pas très important. Des soupçons naissent sur les derniers jours de Jean-Christophe/Jean-Baptiste, mais on en reste là. L’élucidation ici n’est pas policière mais amoureuse : le narrateur et Marie s’aiment encore, un coup de pouce du destin et la chaleur de l’été vont leur permettre de le vérifier. Bon, rien de nouveau sous le soleil de l’île d’Elbe.

Donc l’essentiel dans ces pages est ailleurs, dans la forme, la construction du récit, le style, dont l’intérêt est inversement proportionnel à celui de l'intrigue. Si cette dernière cultive l’ellipse, le style, lui, est comprehensive : l’auteur ne dit pas tout, mais il montre tout, sous tous les angles, on dirait de ces scènes de cinéma filmées avec vingt caméras et montées ensuite en plans innombrables.

Et ça marche ! loin de ralentir ou d’affaiblir l’action, les longues descriptions précises, hyper réalistes nous en envoient les meilleurs morceaux en pleine face, et le lecteur dévore à belles dents, sans s’arrêter de tourner les pages.

Cette efficacité n’est pas contredite par le goût prononcé de Jean-Philippe Toussaint pour les latinismes, ni même par une certaine préciosité, parfois : "[…] bruits de robinets grinçants qui s’ouvraient et se fermaient dans des souffrances de tuyauterie […]" (page 183). Décidément, quand il parle de salle de bain, le Toussaint est mauvais. Mais pour tout le reste, il nous offre là un bon moment de lecture, pour les amoureux de recherches formelles.


Philippe Muller

© Etat-critique.com - 11/01/2010