“Si l’histoire est condamnée à se répéter, alors vous aussi, vous voudrez tous nier ce qui vous est arrivé dans la Vague.” Récit décevant d’une expérience passionnante sur le totalitarisme, menée dans un collège américain.
Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, le professeur d’histoire d’un collège américain a une idée pour le moins originale : créer un mouvement expérimental aux slogans forts. “La force par la discipline”, “La force par la communauté” et “La force par l’action”. En l’espace de quelques jours, l’atmosphère paisible du collège se transforme radicalement en microcosme aux relents totalitaires. Avec une docilité effrayante, ses élèves abandonnent leur libre-arbitre pour répondre aux ordres de leur leader, le professeur lui-même, et “convertir” de nouveaux partisans.
C’est le récit romancé de cette incroyable expérience qui s’est réellement déroulée dans les années 70, que propose Todd Strasser avec ce texte paru aux Etats-Unis en 1981 et seulement très récemment traduit en français.
Si ce décalage surprend au vu du thème brûlant qu’il aborde, la lecture de la prose de Ted Strasser permet de mieux comprendre qu’aucun éditeur ne se soit crû obligé, jusqu’à aujourd’hui, de publier ce récit. Ecriture maladroite et narration cousue de fil blanc. Personnages prévisibles et stéréotypés. Dimension psychologique réduite à sa plus simple expression... La plume de Todd Strasser est au niveau de ses travaux habituels et lucratifs pour le cinéma : Maman, j’ai raté l’avion, Jumanji ou Il faut sauver Willy.
Reste un extraordinaire sujet dont on rêve que s’empare un auteur digne de ce nom, capable de démonter avec subtilité les mécanismes du conformisme, de l’adhésion au groupe, du besoin d’un chef, d’ordres simples et fédérateurs. Un auteur qui saurait installer un climat propice à la compréhension “intime” de ces mécanismes. Un auteur qui donnerait vie à des personnages dotés d’une réalité et d’une complexité susceptibles de nous faire pénétrer au coeur de ces phénomènes qui nous renvoient aux origines de l’homme, animal sauvage et apeuré, lentement éduqué et apaisé au fil des millénaires...
Qui s’y colle ?
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 03/10/2008