Mais qui est donc cette petite vieille qui ose squatter le banc où Germain aime à recenser les pigeons ?
Germain est un gars sympa, un peu bourrin. Le jour où il a quitté le domicile maternel, c’était pour s’installer dans une caravane au fond du jardin.
Germain vit entre sa caravane, son potager adoré, et le bistrot où il retrouve des potes qui se foutent gentiment de sa gueule parce qu’il n’est pas des plus malins, le Germain. Et puis il y a Annette, Annette avec qui il tire un coup régulièrement, ce qui n’est pas pour lui déplaire.
Germain est heureux, il ne se pose pas de question sur la façon dont se déroule son existence. Il est insouciant, jusqu’au jour où il rencontre Margueritte, une vieille mémé rabougrie qu’il prend en affection et qui va lui donner le goût des livres et du vocabulaire.
"Dans les mots que j’ai découverts, il y en a deux spéciaux que j’ai bien retenus : inné, acquis. (…) Par exemple, les sentiments, c’est pas inné du tout. Bouffer, boire, ça oui : c’est de l’instinct. Si tu ne le fais pas, tu crèves. Mais les sentiments, tu peux les garder en option, ou même vivre sans. Je le sais. Tu vis mal, comme un con guère plus conscient qu’une bête, mais tu peux exister longtemps, par contre."
La tête en friche est un roman très agréable où l’on rit beaucoup. Il faut dire que Germain a une façon très personnelle de raconter le monde et d’être conscient de sa propre connerie, sans en faire un drame.
L’écriture de Marie-Sabine Roger est vive, drôle, déliée, avec une petite pointe de vulgarité dans le phrasé qui colle bien avec le style du narrateur.
On regrette que l’auteur cherche parfois un peu trop manifestement à faire rire, et qu’elle se délecte à ce point du détournement de lieux communs ("On a parlé du coq à l’âne").
Mais enfin il ne faut pas bouder son plaisir : on passe un bon moment avec Germain et Margueritte, et l’on s’attache autant à eux qu’ils s’attachent l’un à l’autre.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 26/01/2009