Que se passe-t-il dans ta tête, maman ? Qu’est ce que tu fous sur ton banc, les yeux dans le vague ? Entre une apparition de Jane Birkin et un kangourou nain tenu en laisse, Lulu, 15 ans, veut retrouver la trace du sourire de sa mère. Elle nous emmène dans cette recherche du bonheur perdu.
Carine Tardieu, la réalisatrice, s’est largement inspirée de son histoire personnelle et ne s’en cache pas. Elle a perdu sa mère à 26 ans, sans l’avoir vraiment connue, et parle d’elle en ces termes : « (…) elle était un peu absente, toujours fatiguée, et centrée sur ses propres angoisses ». Dans le film, Lulu décide de prendre les choses en main. Raz le bol de voir sa mère toujours déprimée, avec comme seul kif dans la vie : ses problèmes gastriques.
Imaginez, pendant 15 ans vous vivez avec une mère qui fait toujours la tronche, et puis vous tombez sur une photo. Vous découvrez que maman, à une autre époque, semblait être heureuse. Lulu veut savoir qui était derrière tout ça. Le grand amour de jeunesse entre en scène. S’en suit une fable touchante où les relations mère fille sont inversées. Une mère qui n’a pas grandi laisse sa fille lui redonner goût à la vie. Le film évite avec brio tout sentimentalisme exacerbé. Les personnages parlent et réagissent avec réserve dans cette histoire d’amour à rebours.
Pour ceux qui ne sont pas trop fans de Karin Viard (je n’y peux rien elle m’énerve !), et bien soyez soulagés : elle s’en sort bien ! Mais la révélation du film est incontestablement Chloé Coulloud. Lulu est jouée toujours à la frontière du presque heureuse, presque chiante, presque adulte. Une vraie ado en somme ! Ça gamberge dans sa tête, ce qui nous vaut quelques scènes vraiment drôles de délires à la sauce Jane Birkin. Les clichés, un peu tartes, sur l’ado rebelle en totale rupture avec ses parents, n’ont pas leur place dans ce film. La réalisatrice brouille les pistes et donne à chacun des personnages une trajectoire originale. Impossible d’oublier Kad Mérad. En ancien grand amour retrouvé, il est décidément vraiment à l’aise dans les performances non comiques. La réalisatrice avoue l’avoir choisie pour son physique de « pas trop beau gosse », ça fait toujours plaisir ! Pascal Elbé, lui n’a aucun mal à interpréter le mari idéal, il est plus que crédible ! La réalisatrice ne s’est pas plantée dans le choix des acteurs. Les personnages évoluent dans un univers qui leur est propre, où l’imaginaire et le réel se mêlent avec saveur.
La réalisatrice a su distiller les bons ingrédients. Une dose d’humour, une pincée de décalage et juste ce qu’il faut de sensibilité !
Jessica Lamacque
© Etat-critique.com - 02/04/2007