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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 La superbe

La superbe

Benjamin BIOLAY

(Naive - 2009)

Et ta critique ?




Arrêtons nous sur un beau spécimen de tête à claques qui assume parfaitement ce rôle. Culotté et talentueux, Benjamin Biolay a toujours eu le mérite de ne jamais s’arrêter sur un style.


Benjamin Biolay est un franc tireur. Depuis son premier album, il n’a jamais caché ses opinions sur l’état de la chanson française et il a toujours dénigré ses petits camarades avec un certain talent et quelques injures.

Il a une image sulfureuse car il n’est pas vraiment tendre avec ses contemporains. Il partage avec Jean Louis Murat, la place du bon client, prétentieux et surdoué. L’image médiatique trouble pourtant la partie artistique : grande gueule, Biolay se saborde un peu.

Coté musique, il a sorti des albums aux saveurs diverses, selon des humeurs plus ou moins sombres. Il sait être lumineux mais sa musique navigue sur des tourments plus intimes. Benjamin Biolay peut être réduit à un romantique au spleen élégant.

Comme il a épousé Chiara Mastroianni, qu’il tente une carrière au cinéma, qu’il fume et boit comme Gainsbourg, on lui reproche de prendre bien souvent la pose. Heureusement, Biolay ne triche pas : c’est un casse cou.

La superbe, son cinquième album, montre une fois de plus un type torturé, qui se plonge dans des musiques différentes pour se révéler. La superbe pourrait agacer par sa durée (22 titres tout de même) mais la désillusion va très bien à Biolay. Il saccage donc son image de dandy pour un disque plus viscéral qui flirte avec le suicide musical.

Arrangeur très demandé, Biolay se base sur un piano saoul qui s’attache à des sons synthétiques, des orchestrations lyriques, de la pop noire et des mélanges qui plairaient certainement à Gainsbourg.

Une fois de plus, on pense à l’Homme à la tête de chou. Au cœur des expérimentations et de la générosité, on devine un être abimé, amer, en pleine thérapie musicale.

Evidemment on peut se demander si on avait besoin d’un double album… mais on vous conseille de picorer dans ce copieux disque. Chaque chanson est une petite histoire habitée et parfaitement interprétée.

A la première écoute, La superbe peut faire peur mais il y a une véritable intégrité qui éclate constamment et les introspections sont vraiment passionnantes à entendre. Un peu exhibitionniste, Biolay continue d’être un homme en colère et un musicien brillant. Son œuvre vaut bien plus que ces coups de gueule.
Coup de cœur !



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 28/10/2009