Le vaudeville revisité par les enfants du Splendid dans
une pièce qui file à cent à l’heure en démolissant consciencieusement tous les
clichés du genre.
Lucas et Camilla, un couple de bobo parisiens, trentenaires
comme il se doit, s’apprête à passer le réveillon du 31 décembre aux Menuires.
Mais comment passer un réveillon tranquille, quand on cherche un titre pour son
bouquin, que sa compagne est au bord de l’explosion, qu’un couple prétend avoir
loué le même appartement, qu’un ami psy arrive en pleine dépression et que la maîtresse
de monsieur menace de débarquer ?
La simple lecture du pitch de La sœur du Grec suffit à s’en
convaincre : on est dans la plus pure tradition du vaudeville avec
quiproquos et portes qui claquent.
Pourtant, l’écriture inspirée d’Eric Delcourt, la mise en
scène enlevée de Jean-Luc Moreau et l’interprétation survoltée de la troupe au
grand complet transforme cette "banale" (quoique) histoire
abracadabrante en pur moment de folie hystérique.
Dans un crescendo qui semble ne jamais connaître de limite,
les acteurs enchaînent performances, bons mots et répliques qui tuent jusqu’à
un paroxysme halluciné (mais irrésistible) qui les amène au cœur de la nuit
arrosée (et pas seulement) du nouvel an !
On rit énormément aux outrances de personnages
"énaurmes", on en redemande sans cesse… et l’on reste bouche bée
quand survient, dans un ultime et bref dernier acte, le dénouement subtil que
l’on n’attendait pas en pareilles circonstances.
On se souviendra longtemps de la sœur du Grec dont on se dit
qu’elle ferait un beau couple avec cette ordure de Père Noël qui avait sévit au
même endroit trente ans plus tôt !
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 09/03/2007