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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 La raison du plus faible

La raison du plus faible

Lucas BELVAUX

Diaphana/ TF1 – 2006 – 1h51

Et ta critique ?




Sorti cet été, le polar belge de Lucas Belvaux est un redoutable état des lieux. Militant, le film est en plus un exercice de style brillant, louchant vers le cinéma anglais social et le film noir le plus classique. Que la lutte est belle !


Patrick a des diplômes mais pas de boulot ! A liège, il traîne son désespoir jusqu’au bistrot où il retrouve deux camarades licenciés. Il craque lorsqu’il ne peut pas offrir une mobylette à sa femme, unique salaire qui fait survivre la famille. Avec ses deux amis, il envisage un braquage. Ils rencontrent un salarié, ancien braqueur et militant.

Après une superbe trilogie grenobloise, Un couple épatant, Cavale et Après la vie, Lucas Belvaux retourne dans son pays et réalise une œuvre sombre et engagée. La raison du plus faible n’a rien à voir avec un film tiède. Le marasme social, Belvaux l’affronte de manière radicale et sans misérabilisme.

Il a tout compris du cinéma britannique. Il y a du Ken Loach chez Belvaux. Il prend évidemment parti pour ses pieds nickelés désespérés. Il ne les juge pas. Il scrute juste leur quotidien à l’horizon bien bouché. Il ne les oppose pas à aux classes aisées. Il est juste question de survie et surtout d’honneur.

La mise en scène est implacable. Elle montre comment des hommes sont mis sur le bord de la société avec des nuances visuelles étonnantes. A ce niveau, le film s’approprie le décor urbain. Cela faisait longtemps que la ville n’avait pas autant d’importance dans un film. La dureté du quotidien transpire des usines et des quartiers pauvres. Belvaux filme la ville avec une vraie passion et rend hommage à tous ses courageux sacrifiés.

Heureusement, La raison du plus faible est un beau film noir. Derrière le constat social, il y a aussi une œuvre au noir avec des personnages attachants, ni bons, ni mauvais. Ils sont pris dans un engrenage fatal et un destin inévitable. Les acteurs ont des gueules patibulaires. La mise en place de leur coup tordu a la classe des grands classiques du genre. Et le final est agréablement tendu.

Donc Lucas Belvaux est au plus fort de son art en s’intéressant aux plus faibles. L’alliance entre le film social et le polar désenchanté fait de cet œuvre, un moment nécessaire.


Pierrre Loosdregt

© Etat-critique.com - 14/04/2007