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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 La question humaine

La question humaine

Nicolas KLOTZ

Avec Mathieu Amalric, Michael Lonsdale, Lou Castel et Jean-Pierre Kalfon -Sophie Dulac Distribution - 12 septembre 2007 - 2h21

Et ta critique ?




Un film exigeant, fiévreux, hanté, qui prend le temps d’explorer le côté obscur de la réalité économique, jusqu’à en extirper les racines honteuses enfouies au plus noir de l’histoire de l’humanité.


Simon (Mathieu Amalric) est psychologue au département Ressources Humaines de la filiale française d'une multinationale pétrochimique allemande, SC Farb. Cadre dévoué, il a activement participé à la lourde restructuration qui, quelques mois plus tôt, a coûté leur place à près de la moitié des salariés de ce géant aux pieds d’argile.

Catalogué parmi les “éléments fiables”, il se voit confier une mission un peu particulière par son patron, Karl Rose (Jean-Pierre Kalfon) : enquêter en toute discrétion sur l’état mental de Mathias Jüst (Michael Lonsdale), le directeur-général de la compagnie.

Dans l’impossibilité de se soustraire à cette demande, Simon mène sa mission avec la plus grande neutralité, bien décidé à ne pas entrer dans le jeu des uns et des autres.

Pourtant, en rencontrant Mathias Jüst, il va pénétrer dans la conscience et la mémoire d’un homme hanté par son passé et celui de ses compatriotes. Il va surtout pénétrer dans son propre passé, ressusciter ses propres fantômes et angoisses ancestrales.

Avec ce film ambitieux, Nicolas Klotz refuse de cantonner son cinéma au pur divertissement. Il choisit, au contraire, d’explorer un autre versant du 7e art, plus introspectif, proche de l’analyse par son utilisation de la parole comme élément essentiel de perception, de compréhension et finalement de formulation de l’indicible.

Infléchissant son propos supposé à mi-film, il entraîne le spectateur dans une direction inattendue et d’autant plus “choquante” qu’elle abandonne les chemins balisés de la critique sociale pour emprunter ceux, plus abruptes, de la “solution finale”.

La question humaine (en contrepoint à “la question juive” obsessionnelle des nazis) se veut avant tout la démonstration du lien étroit entre société industrielle et Shoah. Pour Nicolas Klotz, “il ne s'agit pas d'expliquer le contemporain par la Shoah, mais de tenter de percevoir des résurgences, des projections, qui participent au contemporain selon des formes très singulières qui ne sont plus celles du monde des années 40.”

Cette grille de lecture passionnante de L’horreur économique chère à Viviane Forrester (Fayard) ou du travail de Hannah Arendt, est soutenue par un projet artistique de haute volée qui ne se contente pas d’adapter le roman éponyme de François Emmanuel. C’est bien l’univers complexe, hanté, exigeant de Nicolas Klotz qui est ici à l’oeuvre, admirablement soutenu par un Michael Lonsdale extrêmement émouvant et un Mathieu Amalric possédé littéralement par ce rôle d’exception.


Joël Fomperie

© Etat-critique.com - 26/09/2007