RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Jeudi 24 Mai 2012Livre

 La première marche

La première marche

Isabelle MINIèRE

Le Dilettante - 186 pages

Et ta critique ?




Une histoire toute simple et terrible de désamour où Isabelle Minière nous relate les réflexions de “la petite”, qui sait très intuitivement que ses parents ne l’aiment pas, mais qui ne peut pas se l’avouer.


Elle a 5 ou 6 ans et, chaque jour, s’assied sur une marche de l’escalier, souvent la première, mais pas toujours, et tente de comprendre et d’ordonner ses sentiments. Elle ressent un amour infini pour sa maman qui est si belle, si grande, si forte, mais le tac tac tac de ses talons dans l’escalier et son regard glacial la paralysent et l’empêchent de lui manifester le moindre signe de tendresse.

Chaque soir, lors du rituel bonsoir, elle s’approche de sa mère et rêve de l’enlacer et de lui dire qu’elle l’aime. Elle ne peut guère compter sur le soutien de son père, qui a trop de travail “bordel de merde”, ni sur celui de son petit frère qui est si mignon et si agaçant et qui sait lui attirer la tendresse et les baisers de sa mère.

La petite sent que sa relation avec sa mère est bancale. Elle sait aussi qu’elle n’est pas aimée, mais se l’avouer serait une révélation bien trop douloureuse. C’est plus confortable de prendre la faute sur soi - elle est une petite fille boudeuse, qui n’est jamais spontanée - ou de trouver des excuses - c’est normal que l’on préfère son petit frère car “les garçons sont pour ainsi dire malades de naissance, même si c’est une maladie normale, les parents sont plus indulgents avec eux. Et plus affectueux”.

Isabelle Minière nous transporte dans l’univers de l’enfance. A demi-mots, dans une langue simple, rapide, elle fait parler la petite et nous fait ressentir très fortement son mal-être. Aucune démonstration appuyée, 21 courts chapitres, 21 épisodes qui commencent tous par “La petite est sur la troisième marche de l’escalier” ou “La petite s’assied sur la première marche” et tout est dit.

Ce roman très sombre et qui diffuse un vrai malaise se termine sur une note optimiste : la petite apprend à lire, c’est une vraie révélation, elle n’a plus besoin de grandir très vite pour se sauver de cette enfance  interminable, “un changement s’est produit, sans bruit, qui transfigure chaque chose. On peut quitter ce monde-ci ; un livre y suffit.”

“La première marche de l’escalier s’est transformée en moyen de transport ; elle a son billet, valable à vie, pour voyager dans d’autres vies.” Et nous on ne peut que remercier Isabelle Minière de ce court mais très émouvant voyage en compagnie de la petite.


Véronique Cazaubiel

© Etat-critique.com - 13/09/2007