La physique des catastrophes est le premier roman d’une jeune romancière américaine, Marisha Pessl, qui a été sélectionné pour de nombreux Prix et dont l’érudition et la kyrielle de références et de citations donnent le tournis.
La physique des catastrophes est en effet, tout d’abord un livre brillant, dont la verve séduit ou lasse, mais ne laisse pas indifférent.
Les descriptions des personnages sont très souvent truculentes et tellement acerbes qu’on souhaiterait avoir dans la vie une langue aussi riche et acérée !
"Une Suzy bêtasse, une invertébrée, une lobotomisée postpubère qui s’imagine qu’un Khmer rouge, c’est du rouge à lèvres, et la guérilla une rivalité entre grands singes." Ou encore : "Il y avait aussi Milton, sombre et trapu, avec un grand corps mou comme un fauteuil qu’on affectionne mais qui a besoin d’être refait (voir Ours brun américain, Carnivores terrestres, Richards, 1982)."
La physique des catastrophes est également une histoire bien construite, avec de vrais personnages attachants.
Bleue van Meer a perdu sa mère brutalement à cinq ans. Elle est élevée par son père, professeur d’université en sciences politiques, spécialiste des modes de règlement des guerres civiles dans les pays du Tiers Monde, qui l’entraîne à travers les Etats-Unis, changeant de ville tous les trois mois au gré des conférences qu’il donne à travers le pays.
Entre le père et la fille se noue une relation fusionnelle, faite d’admiration et d’émulation intellectuelle. Lorsque Bleue a 16 ans, ils s’installent à Stokton, en Caroline du Nord, pour une année scolaire et c’est pour Bleue l’occasion de nouer enfin des relations d’amitié avec ses congénères. Elle parvient à intégrer un groupe de jeunes, un peu en marge qui se nomment "Sang Bleu" et qui se réunit une fois par semaine chez un de leur professeur Hannah Schneider.
Roman d’initiation et d’apprentissage, La physique des catastrophes devient, dans les 200 dernières pages, un véritable thriller politique, lorsque Bleue tente de comprendre les raisons de la mort d’Hannah Schneider et qu’elle est amenée à s’interroger sur l’histoire de ses parents.
Marisha Pessl possède un indéniable talent. Elle a été comparée à Donna Tartt (Le maître des illusions), à Nicole Krauss ou encore à David Lynch. On pourrait trouver des références moins flatteuses. On peut regretter cependant qu’au fil des pages, le sens de la formule et l’accumulation des citations se transforment en pédanterie. Marisha Pessl semble grisée par son propre talent et nous noie un peu (nous saoule ?).
On peut regretter également qu’entre les 100 premières pages où la relation de Bleue et son père nous est décrite avec verve et humour et les 200 dernières où l’action rebondit et nous tient en haleine, le récit de la relation entre Bleue et les jeunes de son lycée s’étire en longueur, à tel point qu’il peut arriver que l’on se demande si on arrivera jusqu’au bout !
Mais La physique des catastrophes est sans conteste un livre atypique, inclassable. On attend donc Marisha Pessl pour un second opus qui devra confirmer son originalité et son talent.
Véronique Cazaubiel
© Etat-critique.com - 18/04/2008