Un train qui ne part pas à l’heure, c’est l’horreur ! Un train qui s’arrête pour une durée indéterminée sur la voie, c’est un cauchemar ! Le train, c’est pratique. Il peut aussi faire souffrir le voyageur.
Une angoisse récurrente : rester coincé des heures dans un wagon sans la climatisation, sous un soleil de plomb, obligé de survivre avec les tarifs prohibitifs du wagon bar. On ne le souhaite à personne et on en entend parler souvent de ce genre d’expérience très désagréable.
Mais la terreur ferroviaire peut se révéler nettement moins contraignante : la lecture de Lovecraft dans un train. Le célèbre romancier est un compagnon de route redoutable. Les nerfs sont à vif mais c’est voulu !
Donc dans un train à destination de la lointaine Normandie, les monstruosités du bonhomme sont une drôle de distraction. Pour deux euros, dans un marchand de journaux à la gare, on trouve un petit folio constitués de trois courtes histoires. C’est mieux que les magazines sur le tuning, les people ou la finance !
L’écriture de Lovecraft déborde de détails sombres et inquiétants. Un simple paysage peut se transformer en lande sordide et dangereuse. Le beau devient laid mais cette vilenie est magnifiquement décrite.
Les paysages se succèdent à grande vitesse. Ils accompagnent parfaitement la lecture de contes nerveux et exaltants. Les forces du mal se déchaînent sur le papier et l’imagination du lecteur est décuplé.
Vous sursauterez peut être alors lorsque le contrôleur demandera votre ticket. Vous devinerez tout de suite le regard étrange du passager le plus louche. Vous vous demanderez ce qu’il se passe dans ce petit village isolé que la ligne traverse. Vous remarquerez que chaque passage dans un tunnel vous fait frissonner.
Bizarre, le style de Lovecraft réveille toutes les peurs en quelques phrases. Il démolit ses héros, les décors et décrit des monstres affolants. Il connaît parfaitement les mythologies et les angoisses ancestraux.
La lecture de ce petit livre renferme un univers où les apparences sont trompeuses, où l’apocalypse grignote le quotidien avec gourmandise. Dans un petit train régional, en fin d’après midi, c’est une lecture efficace. L’immersion est totale.
Pour un duo d’euros, vous vous offrez donc un train fantôme aux sensations fortes. Lovecraft en 80 pages, cela reste une expérience unique et mémorable. L’horreur de Lovecraft vaut bien plus que la douloureuse expérience d’un train en retard ! On frémit mais on adore cela !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 26/05/2009