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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 La nuit nous appartient

La nuit nous appartient

James GRAY

Avec Mark Whalberg, Joaquin Phoenix, Robert Duvall et Eva Mendez - Wild bunch - 28 novembre 2007 - 1h50

Et ta critique ?




Bobby gère une boite de nuit à Brooklyn. Il aime une portoricaine affolante. Il traîne son nez dans la poudre. Il adore les excès et les folles soirées. Il a la confiance du propriétaire de la boite. Il pourrait même ouvrir une boite de nuit sur l’île de Manhattan. Il serait alors le roi de la nuit.

 

 


Bobby a cependant un secret. Seule, sa petite amie est au courant. Son père et son frère sont deux policiers respectés de New York. Joseph, son frère ainé, prend même la tête d’une brigade spéciale pour lutter contre la drogue.

Or la boite de Bobby est le repère d’un dealer russe, neveu du propriétaire. Bobby se retrouve donc à choisir entre ses proches qu’il renie et sa famille d’adoption de plus en plus louche. La nuit appartient aux flics et aux dealers mais elle ne portera pas forcément de bons conseils à Bobby.

Le jeune homme va voir sa vie chamboulée. Le cinéaste, plein de malice, fera de lui une figure héroïque et militaire. Mais le prix de cette gloire coûtera cher à Bobby.

James Gray signe ici son troisième polar, après Little Odessa et The Yards et rend hommage au cinéma sec de Sydney Lumet avec ses obsessions personnelles autour de la famille et de la responsabilité. Comme il réalise peu, chacun de ses films rappelle ses grandes qualités.

Gray sait faire un cinéma classique, presque académique mais avec un sens du détail qui excuse tout. Passionné par la tragédie, qui transpire dans le cinéma policier américain, Gray continue de donner des accents théâtraux et pathétiques à ses histoires de flics et voyous.

Bobby se retrouve en face de choix cornéliens qui bouleversent sa vie professionnelle, sa relation amoureuse et ses rapports avec la société. A commencer par son père et son fils. De petite frappe, Bobby revient petit à petit dans le giron familial et devient le symbole de la revanche policière.

Les valeurs sont mises sans dessus dessous. Gray, comme toujours, jongle avec le bien et le mal et démonte, avec une logique impitoyable, le système américain basé sur la famille, le clan et le devoir. Le regard est clinique, presque froid. Cela rend le film sombre et presque déshumanisé. Mais le constat est là : l’individu est un pantin manipulé par la communauté.

Œuvre noire, le film n’a rien de glamour. Il est presque antipathique. Pourtant il y a chez Gray, des acteurs toujours parfaits. Joaquin Phoenix, pris entre deux feux, rompt avec une souffrance subtile devant un choix cruel. Whalberg est un flic sans reproche mais pas sans peur. Robert Duvall a du mal à gérer les affaires de familles et son métier de policier. Enfin Eva Mendez regarde les hommes tomber avec un charme douloureux.

L’humanité qui souffre, voilà ce qui apparaît de nouveau derrière un spectacle distant et dur. La nuit tombe vite en ce moment. Avec James Gray, le moral aussi !

 

 


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 09/01/2008