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Jeudi 24 Mai 2012Musique

La musicale en tournée

La musicale en tournée

. GOSSIP - THE KILLS et THE BLAKES - PETE AND THE PIRATES

Le 18 mars 2008 à L'Olympia - Paris

Et ta critique ?




Toulouse, Lyon, Nantes, Lille et Paris étaient au programme de la tournée de l'émission musicale de Canal+. Nous étions à L'Olympia le 18 mars. Nous n'en sommes toujours pas revenus !


Et si c'était le meilleur concert de l'année ? Le genre de soirée parfaite sur laquelle les bonnes fées du rock se seraient penchées avec bienveillance. Quatre concerts successifs en un crescendo parfait et une apothéose de folie pour un Olympia électrisé.

C'était donc au tour de la salle parisienne mythique d'accueillir, mercredi 18 mars, l'étape "capitale" de La musicale en tournée, version itinérante de l'émission culte de Canal+ proposée par Emma De Caunes et Stéphane Saunier.

En amuse-gueule, Pete and the Pirates, quintet british juvénile, binoclard et propret originaire de Reading, redoutablement efficace dans sa façon de balancer ses pop songs aux accents 50's survitaminés. On pardonnera au fougueux chanteur certaines approximations vocales (et au guitariste sa chemise à carreaux) pour ne retenir que leur réinterprétation très personnelle des happy days : tous les doigts dans la prise de courant !

A suivre, une entrée roborative : The Blakes. Trio de bad boys sympathiques basés à Seattle, nourris au sein (musical et capillaire) des frères Gallagher… et poussant le mimétisme au point d'être eux-mêmes deux frangins (guitare, basse et chant) accompagnés d'un batteur inspiré et dur au mal. Son lourd et mélodique, enthousiasme communicatif, posture impeccable qui n'est pas sans rappeler celle des BRMC… la recette parfaite pour ouvrir l'appétit avant le premier plat de résistance de la soirée : The Kills.

On pourrait écrire un roman sur ce duo maudit qui renvoi Jack et Meg White au rayon des contes pour enfants. Une chanteuse américaine "VV" (Alison Mosshart), un guitariste anglais "Hotel" (Jamie Hince), une boîte à rythme et des tonnes d'électricité brute : l'univers de The Kills est tout entier contenu dans la relation fusionnelle entre ses deux éléments humains… et leurs complices technologiques. En une heure de concert essentiellement consacré à Midnight Boom, leur nouvel album, les deux complices ont transformé l'Olympia en réseau serré de lignes à haute tension. L'urgence éprouvante et jouissive de leurs compositions punk-blues est de ces électrochocs salutaires qui remettent chaque chose à leur juste place… et leur musique à la première !

Pourtant c'est pour le dessert que l'enthousiasme collectif d'une salle surchauffée allait déborder au-delà de toute mesure, noyée sous la chantilly plus que généreuse de Beth Ditto et de ses Gossip. Il faut avoir vu de ses propres yeux cette énorme petite bonne femme, sorte de Aretha Franklin trash (et icône gay), mettre littéralement le feu à une salle pour comprendre ce que charisme signifie. En une heure, un rappel et un supplément impromptu, elle a transformé une soirée rock parfaite en "meilleur concert de l'année", toutes catégories confondues.

Comment ? D'abord en passant en revue l'essentiel du dernier album, en poussant sa voix au paroxysme de ses immenses possibilités, en assumant totalement (et un peu plus) son obésité décomplexée et en invitant le public sur scène à la fin d'un set endiablé, la cousine Beth a comblé ses fans et conquis définitivement un public stupéfait de tant d'énergie communicative. Mais la palme de l'habileté revient tout de même à son choix de conserver Standing in the Way of Control, l'hymne du groupe, pour la toute fin du concert. Sommet indépassable d'hystérie collective ? Non ! Devant l'insistance butée des 3500 nouveaux convertis, la grâce (grasse) revient pieds nus et sans micro "proposer" La vie en rose à une salle hypnotisée… qui aussitôt reprend d'une seule voix et intégralement le monument d'Edith Piaf sous les mimiques d'encouragement d'une Beth Ditto aux yeux écarquillés de bonheur. Frissons.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 30/03/2008