Vous reprendrez bien un peu de Zelda ? Presque en même temps que le désormais goncourisé Alabama song (notre critique du 15 novembre dernier), une courte biographie de Francis Scott Fitzgerald et Zelda est parue dans sa traduction française : La mort du papillon, de Pietro Citati.
Le hasard des calendriers éditoriaux en fait une postface idéale au livre de Gilles Leroy, un complément de lecture qui mettrait en perspective le roman, dans un style nerveux et concis.
Le papillon du titre, c’est Scott, vu par un Ernest Hemingway, qui, nous rappelle l’auteur, aimait à débiner les confrères. “Scott… avait encore assez de technique et d’esprit romantique pour faire n’importe quoi, mais depuis longtemps toute la poussière avait disparu de l’aile du papillon”. (page 118)
Certes la gloire a duré bien peu de temps pour Scott, et très rapidement son public s’est détourné de ses livres, mais Pietro Citati juge que les dernières nouvelles de l’écrivain usé comptent parmi ses meilleurs textes. Il cite ainsi La mère d’un écrivain, Un cas d’alcoolisme, La longue fuite, Les finances de Finnegan, La décennie perdue. Il est étonnant, à cet égard, que les textes de Francis Scott ressemblent aussi peu à leur auteur, qui tendent vers un style sec, quand lui-même devient une épave larmoyante.
Mais foin de jugements littéraires, c’est la vie du couple Fitzgerald qui intéresse surtout le biographe. Son travail est scrupuleux, et une belle recherche iconographique ajoute encore à sa valeur. Le résultat, ramassé, offre une juxtaposition d’instantanés du couple, réuni ou séparé, à différentes époques.
Pour finir, Pietro Citati cite les derniers mots de Gatsby le magnifique, gravés longtemps après leur mort sur la tombe qui réunissait enfin les époux Fitzgerald. Et là, j’insiste, courrez vous procurer la version originale du livre le plus connu de Francis Scott Fitzgerald, car la traduction ruine entièrement la belle sonorité de cette phrase et, pour partie, son ambiguïté vaporeuse. Jugez plutôt : “So we beat on, boats against the current, borne back ceaselessly into the past.” “Ainsi nous continuons à frapper l’eau, barques luttant contre le courant, repoussées sans trêve vers le passé.”
Philippe Muller
© Etat-critique.com - 04/12/2007