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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 La meilleure part des hommes

La meilleure part des hommes

Tristan GARCIA

Gallimard - 306 pages

Et ta critique ?




Joie des premiers romans, découverte des talents en devenir ! Parmi les débuts salués par la critique lors de la dernière rentrée littéraire, Tristan Garcia mérite l’attention. Peut-être pas les dithyrambes lus ça et là, mais c’est un excellent début.


Dominique Rossi, Doumé pour les intimes, est un activiste de la cause homosexuelle issu des milieux gauchistes des années 1970 ; Jean-Michel Leibowitz un philosophe et intellectuel parisien, très, très parisien ; William Miller, un Rastignac déjanté.

L’histoire cueille ces trois personnages au début des années 1980, en pleine explosion du SIDA, et nous emmène pratiquement jusqu’à nos jours. Témoin et acteur, la narratrice travaille comme journaliste pour Libération. Elle est la maîtresse de Leibowitz, tandis que Doumé et William restent amants durant cinq années. La rupture de ces deux-là dégénère rapidement en lutte intestine féroce au sein du milieu activiste homosexuel.

Au fil des années, Leibo perd ses cheveux, Doumé s’assagit, s’isole et prend du recul, et Will, lui, en glisse vers une mort suicidaire, bareback, tout schuss.

En chemin, Tristan Garcia nous offre une vision pessimiste et saisissante des coulisses de la noise médiatique. Qui sont ceux qui font s’exciter les journalistes ? Quelles sont leurs existences, qu’est-ce qui motive leur engagement ? Tout est là, assez misérable, finalement… Doumé et Leibo se réconcilient-ils pour écrire un livre d’entretiens à succès ? “Vous pensez bien que, si j’écris cela aujourd’hui, c’est que rien, dans ce bouquin, quoiqu’il n’ait rien de malhonnête, ne correspond à ce que vous avez lu jusque là.” (page 231)

Le roman de Tristan Garcia offre de grosses clefs aux connaisseurs du microcosme parisien des vingt dernières années, paraît-il, mais elles ne semblent nullement indispensables au plaisir du lecteur. On peut lire au premier degré, pas d’inquiétude !

La narration est dynamique, très dialoguée, behaviourist, et chacun des personnages principaux a sa voix bien à lui, ce qui n’est pas courant dans les textes des primo romanciers. Dans le dernier chapitre, la narratrice reprend la main, et les trois dernières pages adoptent un ton plus sentencieux. Dommage, elles rappellent ces derniers dialogues, dans certaines productions cinématographiques américaines, dont le but est de faire comprendre le message à ceux des spectateurs qui ne l’auraient pas encore compris.

Hormis ce point-là et quelques détails, on ne peut que s’enthousiasmer pour ce coup d’essai d’un jeune romancier, dans une veine sombre, heureusement exploitée.


Philippe Muller

© Etat-critique.com - 12/12/2008