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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 La malédiction d'Edgar

La malédiction d'Edgar

Marc DUGAIN

Folio - 499 pages

Et ta critique ?




C'est une plongée dans les profondeurs les plus obscures du pouvoir que nous offre Marc Dugain avec ce "roman historique", relecture édifiante de l'histoire des Etats-Unis du XXe siècle.


48 ans. Presque un demi-siècle. C'est la durée du "règne" de l'homme le plus puissant d'Amérique, donc du monde. Les Présidents sont passés, les guerres (Mondiale ou froide) on dévasté le monde, mais lui est resté là, indéboulonnable à la tête du FBI, de 1924 à sa mort en 1972. Lui, c'est Edgar J. Hoover. Grand ordonnateur de la marche du monde, c'est sa carrière controversée qui nous est narrée par le menu dans ce quatrième "roman" de Marc Dugain.

Entre travail historique et œuvre romanesque, l'auteur donne la parole à Clyde Tolson, bras droit et amant fidèle de Hoover tout au long de sa vie. S'ouvrent alors, devant les yeux effarés du lecteur, les coulisses politiques de la première puissance mondiale, les petites histoires sordides et mesquines qui ont façonné la grande Histoire, les folies et les compromissions, la vénalité et l'intérêt personnel érigés en vertu cardinale.

"Edgar aimait le pouvoir mais il en détestait les aléas. Il aurait trouvé humiliant de devoir le remettre en jeu à intervalles réguliers devant des électeurs qui n'avaient pas le millième de sa capacité à raisonner. Et il n'admettait pas non plus que les hommes élus par ce troupeau sans éducation ni classe puissent menacer sa position qui devait être stable dans l'intérêt même du pays. Il était devenu à sa façon consul à vie. Il avait su créer le lien direct avec le Président qui le rendait incontournable. Aucun ministre de la Justice ne pourrait désormais se comporter à son endroit en supérieur hiérarchique direct. Il devenait l'unique mesure de la pertinence morale et politique."

Dialogues, comptes rendus d'écoutes, fiches de renseignement : de la grande dépression des années 20 à la démission de Nixon après le scandale du Watergate, tout un pan de l'histoire contemporaine des Etats-Unis est passé au crible par Marc Dugain. Mais surtout, en arrière-plan omniprésent, c'est la saga Kennedy qui sert de fil conducteur permanent à ce récit hallucinant. De la fortune amassée sans beaucoup de scrupules par Joe Kennedy, le père, grâce a ses amitiés politiques et mafieuses, à l'assassinat de Bob en 1968, peu avant la présidentielle pour laquelle il est archi-favori, en passant par celui de John à dallas en 1963, rien n'est laissé dans l'ombre des manœuvres du microcosme affairiste dont les intérêts primaient sur toute autre considération.

Sans esbroufe ni recherche du spectaculaire, mais en s'appuyant sur une connaissance sans faille de son sujet et sur un style irréprochable, Marc Dugain captive son lecteur en lui proposant un éclairage jusque-là inconnu sur un thème pourtant rebattu. On ressort de là un peu hébété d'avoir pu observer les coulisses du pouvoir par le trou de serrure que Clyde Tolson a mis obligeamment à notre disposition. Et si l'on avait encore quelques illusions sur les motivations profondes des puissants, elles se seront définitivement dissipées quand la dernière page de La malédiction d'Edgar aura été tournée.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 17/11/2009