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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 La maison

La maison

Manuel POIRIER

Avec Sergi Lopez, Bruno Solomone, Bérénice Bejo et Barbara Schulz Diaphana films – 22 août 2007 – 1h35

Et ta critique ?




On ne compte plus les collaborations entre Sergi Lopez et le cinéaste Manuel Poirier. On ne compte plus les émotions simples offertes par ces deux joyeux lurons. Plus morose, La Maison reste toujours une œuvre chaleureuse et accueillante.


Le cinéma de Manuel Poirier est parfaitement identifiable : des gars perdus, toujours prêts à s’oublier dans un apéro trop arrosé. Des femmes dignes et secrètes. Un paysage de l’ouest. Et une humanité qui souffre sans se plaindre, toujours remplie d’espoir.

Au milieu de cela, Sergi Lopez joue souvent l’ours mal aimé mais terriblement attachant. Depuis Western, le comédien est le double du cinéaste. Ses personnages sont différents à chaque film mais se ressemblent. Le catalan perdu en Bretagne ou en Normandie porte les thèmes fétiches du cinéaste : le déracinement et l’attachement.

Cette fois ci, Manuel Poirier plonge son ami Sergi dans une ville pour le moins étonnante : Paris. En Instance de divorce, son personnage Malo broie du noir et se rattache à ses quelques amitiés sincères. Au hasard d’une fête à la campagne, il découvre une maison qui va être mis en vente peu chère. Il se renseigne et rencontre les deux sœurs qui doivent vendre pour rembourser des dettes. Mais la résignation de l’une s’oppose à la colère de l’autre. Troublé, Malo va dans cette maison projeter son besoin de changement.

Car Malo est paumé. Ses enfants partis en vacances, il se laisse aller à un spleen aromatisé au bon vin rouge. Il traîne ses déceptions et l’air de Paris semble plomber l’énergie naturelle de Manuel Poirier. Il est difficile de reconnaître dans les premières minutes le cinéaste du revigorant Les femmes et les enfants d’abord.

Les autres personnages ne sont pas non plus très heureux. Les deux sœurs (lumineuses Bérénice Bejo et Barbara Schulz) ne supportent pas l’idée d’abandonner leur maison. Même les copains –pilier fragile mais nécessaire chez Poirier – ne semble pas contenir la tristesse de l’ensemble.

Puis il y a des éclats de tendresse et d’espoir qui apparaissent au hasard des scènes. Manuel Poirier sait scruter ses personnages. Ce cinéaste a toujours aimé profondément ses héros ordinaires, ruraux et largués. Avec ce film, il semble s’embourgeoiser (voilà un cinéaste qui ne sait pas filmer Paris) mais finalement il propose une histoire humaine, simple et touchante. L’air de rien, il semble bien plus clairvoyant que ses personnages. Lorsqu’il s’exile avec son héros à la campagne, on retrouve son cinéma vrai et caressant.

La maison fait regretter l’optimisme qui hante les films précédents de Manuel Poirier mais cette œuvre reste une jolie réflexion sur l’enfance et l’exil. Même en petite forme, Poirier sait faire sentir toute la richesse d’une existence. Ce qui le rend essentiel dans un cinéma de plus en plus uniformisé.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 24/08/2007