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Jeudi 09 Février 2012Livre

 La maison des rencontres

La maison des rencontres

Martin AMIS

Gallimard - 285 pages - Traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner

Et ta critique ?




Concentré de la grande et petite histoire russe du XXe siècle, La maison des rencontres est une œuvre d’une densité, d’une complexité et d’une noirceur redoutables. Et Martin Amis le plus grand écrivain britannique de son époque.


Sibérie, 2004. Sur fond de conflit tchétchène, un vieil homme revient sur les lieux de son passé, au goulag, où il fut interné pendant dix ans après s’être “illustré” dans les rangs de l'Armée rouge. Parmi ses milliers de codétenus, il y retrouvera son frère, aussi idéaliste que lui-même était pragmatique. Mais un lien particulier les unissait : une femme, qu'ils aimaient tous les deux. Et ce sera là, au cœur de l'immonde et de l'abjection, que le destin du trio basculera, dans un endroit étrange baptisé la Maison des rencontres.

En mêlant étroitement, intimement, les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale, l’aberration du système concentrationnaire soviétique, la vie quotidienne des hommes et des femmes de ce pays-continent, et une histoire d’amour impossible, Martin Amis signe sans doute son roman le plus dense, le plus abouti, le plus dérangeant.

Aucun confort, pudeur ou édulcoration dans la longue et sincère confession d’un narrateur au passé lourd et corrompu. Aucune raison pour qu’à la toute fin de sa vie il accepte de ménager quiconque ou d’enjoliver une existence longtemps plus proche de la survie que de la vie.

Et puis cette écriture âpre, pleine d’angles et de recoins... Ces mots, ces phrases, ces paragraphes oscillant sans cesse entre ombre et lumière, enfer et purgatoire. Sans nul paradis à l’horizon : “Bon Dieu, la Russie est le pays du cauchemar. Et toujours le cauchemar à rallonge. Toujours le plus talentueux des cauchemars.”

Depuis Le dossier Rachel (1973), Martin Amis a bâti, en une douzaine de romans, une œuvre d’une exceptionnelle exigence et d’un rare pessimisme. Si l'homme est dur, déplaisant, voire méprisant pour le reste du genre humain, rongé par un penchant affirmé pour l’alcool, il n’en est que plus incisif et implacable dans sa vision du monde. La maison des rencontres n'y échappe pas, pas plus que le lecteur qui, jusqu'à la dernière ligne, encaisse le cynisme d'un narrateur revenu de tout, et surtout du pire.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 02/06/2008