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Dimanche 05 Février 2012Livre

 La loi des rêves

La loi des rêves

Peter BEHRENS

Christian Bourgois - Traduit de l’anglais (Canada) par Isabelle Chapman - 568 pages

Et ta critique ?




Dans un premier roman à lire d’une seule traite, La loi des rêves, le Canadien Peter Behrens nous raconte l’itinéraire d’un jeune Irlandais pendant la grande famine de 1846.


Comme des millions de paysans Irlandais affamés à la suite de l’épidémie de mildiou qui a détruit totalement leurs récoltes de pommes de terre, Fergus quitte sa campagne où toute sa famille a péri. D’abord confié à un asile par son propriétaire, il réussit à s’enfuir alors que le typhus décime les pensionnaires affaiblis. Il erre sur les routes en compagnie d’une bande d’enfants livrés à eux-mêmes dans un monde où la compassion et la charité semblent avoir totalement disparus. Cette aventure finira mal et Fergus, de nouveau seul, comprend que, pour survivre il faut suivre “la loi des rêves et rester en mouvement”.

Ainsi il ne renonce pas : il devient l’hôte d’un bordel tenu par des Irlandais et refuse finalement le confort qui consiste à manger à sa faim si ce confort se monnaie contre la prostitution de son corps. Il part en Angleterre où il travaille sur les chantiers de construction de routes. Il rencontre Molly qui devient sa compagne et ensemble ils vont tout tenter pour rejoindre le Québec. La traversée sera plus qu’éprouvante, mais ils s’accrochent comme ils peuvent à leur rêve d’une vie meilleure.

Fergus tout en allant de l’avant porte un regard lucide sur le monde, sa laideur et sa solitude. Dans ce monde d’une violence inouïe, qui fait bien peu de cas de la vie humaine, on ne peut rester en vie qu’en refusant “l’indolence” : “Le courage se résume-t-il à la conscience que tout geste, tout voyage, toute existence possède une forme intrinsèque et dès lors est porteur de son propre achèvement ? Qu’il y a un chemin à suivre, littéralement jusqu’à la mort ? Cette conscience est douloureuse mais préférable à l’ignorance, à ne jamais percevoir son chemin. Cela vaut mieux qu’une vie faite de pirouettes, de faux départs et d’impasses. Cela vaut mieux que la laideur impardonnable des indolents.”

Roman initiatique, récit des débuts du peuplement du continent nord-américain, La loi des rêves vous happe et ne vous lâche plus pendant plus de 550 pages. A lire absolument.


Véronique Cazaubiel

© Etat-critique.com - 23/03/2009