RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Jeudi 24 Mai 2012Livre

 La fille du fossoyeur

La fille du fossoyeur

Joyce Carol OATES

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Seban - Editions Philippe Rey - 658 pages

Et ta critique ?




Les personnages féminins de Joyce Carol Oates nous hantent longtemps une fois le livre refermé. Rebecca Schwart, alias Hazel Jones, La fille du fossoyeur, est de cette trempe.


Rebecca Schwart est née en 1936, à New York, dans la cabine insalubre du bateau qui a permis à sa famille de fuir le nazisme. Professeur de mathématiques et éditeur, Jacob Schwart se voit offrir un emploi de fossoyeur municipal. Mais à Milburn, il est d’usage de cracher à la tête du fossoyeur et de l’insulter en le traitant de sale juif ou de nazi. Aigri, déçu, vaincu, Jacob Schwart se referme sur lui-même, terrorise sa famille, leur interdit l’usage de l’allemand, limite au minimum les contacts avec l’extérieur : “Dans le monde animal, les faibles sont vite éliminés. Voilà pourquoi tu dois dissimuler ta faiblesse, Rebecca. Il le faut.”

Les deux grands frères de Rebecca vont tour à tour fuir le foyer familial. Rebecca reste seule avec ses parents murés dans leur malheur et leur folie… jusqu’au drame : son père tue sa mère, rate Rebecca et se suicide. Elle a treize ans. Recueillie par son ancienne institutrice, Rebecca finit par fuir et épouse Niles Tigor, un homme deux fois plus âgé qu’elle, abusif, imprévisible. Elle finira par fuir de nouveau pour protéger son petit garçon. Elle change d’identité et erre de ville en ville jusqu’à la rencontre avec Chet Gallagher, pianiste de jazz fortuné, qui lui offre son amour inconditionnel et une certaine tranquillité. Mais peut-on trouver une quelconque sérénité quand on cache un si lourd secret, une enfance brisée et une vie de femme bafouée ?

On l’aura compris, La fille du fossoyeur est un roman fleuve dans lequel on se laisse emporter par la violence des sentiments : amour, désir, haine, difficulté d’être.

La force de ce roman extraordinaire tient sans doute au fait que le personnage de Rebecca est inspirée du destin de la grand-mère de Joyce Carol Oates, Blanche Morgensten, fille d’un émigré juif allemand, devenu fossoyeur qui tua sa femme avant de se donner la mort. Comme Rebecca, Blanche finira par fuir un mari ivrogne avec son fils, le propre père de Joyce Carol Oates.

La fille du fossoyeur est un roman très sombre mais c’est aussi un hymne formidable à la survie, à la volonté de vivre et de construire sa propre vie envers et contre tout. Une fois de plus Joyce Carol Oates nous livre un magnifique personnage féminin, lumineux et attachant.


Véronique Cazaubiel

© Etat-critique.com - 27/01/2009