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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 La fille de Narcisse

La fille de Narcisse

Craig HOLDEN

Traduit de l'anglais (Etats-unis) par Stéphane Carn et Catherine Cheval - Rivages/Thriller - 236 pages

Et ta critique ?




Celui qui a été manipulé, peut-il devenir manipulateur ? Craig Holden mélange dans son dernier ouvrage, roman noir et lutte des classes, fin des années 1970, fièvre et pièges du samedi soir.


Syd Redding est étudiant en médecine. Issu d’une famille pauvre, mais suffisamment bosseur pour être promis à un bel avenir, il intègre le laboratoire du Professeur Kessler qui lui fait miroiter des perspectives alléchantes.

Mais il faudra peu de temps à Syd pour changer ses plans et ourdir un complot machiavélique contre son maître à penser et le reste de sa famille. Qu’est-ce qui va pousser Syd vers un tel projet ?

Les trois quart de ce nouveau roman de Craig Holden (Lady Jazz,  Les quatre coins de la nuit) sont saisissants. L’opposition de deux mondes dans lesquels navigue Syd Redding le pousseront dans un premier temps à vouloir conquérir le monde puis, dans un second, à détruire ce même monde qui le promet pourtant aux meilleurs cieux.

Enième portrait d’une Amérique prospère qui ne regarde plus ses caniveaux qu’au travers de l’œil charmeur de dames patronnesses plus aptes à soulager leur libido qu’à ouvrir leur portefeuille au bas peuple, La fille de Narcisse plante une histoire de multi frustrations au cœur de la société post-Nixon.

Le héros, issu des couches stratifiées d’une banlieue qui se meurt, entre par le vasistas dans le grand monde avant de s’embourber dans ses vices. Mais ce n’est pas l’envie qui va précipiter ce nouveau Monsieur Klein dans la rancœur. Ce sera la désinvolture avec laquelle le traiteront les riches.

Ce Syd Redding que Holden décrit par le menu (mère morte laissant derrière elle un beau-père effondré qui sombrera dans l’alcoolisme et les menus larcins, sœur défigurée par un angiome qui la rend irregardable), croit, de part sa naissance, être prémuni de tout. Or, la rencontre de l’autre monde s’avère bien plus révélatrice qu’il ne l’attendait.

Holden étage sa narration en flashbacks entre hier - qui lève peu à peu le voile de la trahison dont Syd a été victime - et aujourd’hui - qui voit se construire le piège dans lequel il va jeter la famille Kessler. A ceci prêt que ce Redding n’en est pas moins humain, une humanité dont il ne se méfie pas et qui risque de lui faire perdre beaucoup.

Un tel montage aurait atteint au noir splendide si, brusquement, Holden n’avait pas dévié. Si tout se tient parfaitement sur les trois quart de la longueur, l’épilogue sombre, avec une rapidité vertigineuse dans les poncifs d’un happy end qu’on n’attendait pas, lui même lancé par une révélation que l’on attendait trop. C’est dommage, profondément dommage.

On ose encore croire en refermant le livre que l’on s’est trompé sur les intentions de l’auteur et que ce final rosâtre n’est qu’une autre forme d’enfermement de son héros. Mais face à une telle histoire, la conclusion reste assez pâle.


Sébastien D. Gendron

© Etat-critique.com - 20/05/2007