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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 La fille coupée en deux

La fille coupée en deux

Claude CHABROL

Avec Ludivine Sagnier, Benoit Magimel, François Berléand et Mathilda May Wild Bunch – 08 août 2007 – 1h50

Les commentaires

Eté 67

Le 19/08/2007

Pas du tout d'accord avec cette chronique. Ludivine Sagnier par son jeu limité et son physique (elle est mignonne mais ce n'est pas une femme fatale...) ne parvient pas à porter cette histoire. En gros on n'y croit pas.
D'autant que les dialogues sont médiocres voir poussifs. Ajoutons que, le tableau de la bourgeoisie est caricatural et grotesque. Bref, un film à oublier.

Et ta critique ?




Après la politique, Claude Chabrol revient à ses premiers amours, la bourgeoisie et ses défauts secrets. Une jeune femme hésite entre un intello cynique et un aristo fêlé. Si l’histoire est classique, la touche chabrolienne fait toute la différence. Cinglant !


Blonde, souriante, Gabrielle est pleine de fraîcheur. Son nom de famille, Deneige, l’indique. Son entourage lui fait souvent remarquer. D’ailleurs elle présente la météo sur une petite chaîne lyonnaise. Son métier lui fait rencontrer du beau monde. Elle craque littéralement pour Charles Saint Denis, écrivain reconnu mais fuyant la vie parisienne.

Elle est aussi courtisée par Paul Gaudens, héritier d’un empire pharmaceutique et psychologiquement fragile. Cependant le jeune homme a le mérite de surprendre, malgré ses excès parfois inquiétants. Gabrielle se réfugie dans les bras du romancier, dont elle devient la maîtresse soumise. Mais la différence d’âge et le cynisme élégant de Charles ont raison de leur couple.

Gabrielle trouve alors du réconfort chez Paul. Le déséquilibre du garçon va devenir communicatif. D’une petite histoire d’adultère, Chabrol va pouvoir observer cette caste qui l’obsède tant : la haute bourgeoisie. Les deux hommes qui se disputent la pétillante Gabrielle partagent finalement le même égoïsme, ce que fustige avec retenue le cinéaste.

C’est le retour du Chabrol très malicieux. L’ivresse du pouvoir n’avait pas totalement convaincu.  L’air de rien, avec une élégance unique, il gratte de nouveau le verni de la civilisation et s’en prend l’air de rien, aux médias (Magnifique Didier Bénureau en patron amouraché), aux intellectuels et aux classes supérieurs.

L’histoire d’amour révèle la triste médiocrité des êtres humains. Rapidement, le spectateur ne sait pas s’il doit respecter Charles Saint Denis, le brillant intello un brin pervers ou Paul Gaudens, cinglé romanesque et sinistre.

La ruse va bien à François Berléand et Benoit Magimel défend bien le rôle casse gueule du noble azimuté. Les deux hommes remercient ainsi le cinéaste qui les entoure d’un casting féminin absolument incroyable. Bien entendu il y a la jolie Ludivine Sagnier, parfaite en fausse naïve mais elle ne cache jamais Mathilda May, Valeria Cavalli, Marie Bunel et Caroline Sihol, toutes subtiles et fascinantes.

Si les hommes sont finalement grotesques, les femmes sont plus ambiguës et intrigantes. Elles nourrissent tout le désespoir que suscite ce drame bourgeois. Elles sauvent les apparences et leur douceur peut camoufler le pire. Claude Chabrol n’y va pas avec des gants mais fait preuve d’une très belle galanterie.

La farce est chez Chabrol, un art distingué et non une grosse parodie. L’apparente nonchalance de sa mise en scène révèle un raffinement, qui évite tous les pièges de la grosse artillerie démonstrative. A 77 ans, Claude Chabrol conserve toute sa finesse et rappelle toute la saveur de son cinéma : cruel mais exquis !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 12/09/2010