A un siècle de distance, La ferme africaine se lit comme le témoignage nostalgique (mais bienveillant) d'une époque révolue : celle du colonialisme paternaliste de nos grand-parents.
Monument de la littérature "africaine", La ferme du même nom de la
baronne danoise Karen von Blixen-Finecke ne peut plus se lire de nos
jours que comme le vestige d'une époque révolue. Celle d'une
aristocratie coloniale issue de la vieille Europe et qui avait le monde
entier pour terrain de jeu !
Le jouet de notre baronne fut donc cette ferme kenyane proche de
Nairobi, adossée aux contreforts du Ngong. Entre 1914 et 1931, elle y
investira en pure perte une partie de ses économies dans un projet de
culture du café qui s'avèrera désastreux.
Mais plutôt que de s'apitoyer sur ses déboires agricoles, Karen Blixen
entreprend de nous laisser en héritage le Kenya qu'elle a tant aimé. Au
moyen de courts chapitres, elle nous conte autant d'anecdotes joliment
troussées qui, mises bout à bout, finissent par créer une atmosphère à
la fois envoûtante et désuète. Envoûtante comme les grands espaces et
les mystères insondables de l'Afrique.
Désuète comme peut l'être, à
bientôt un siècle de distance, le paternalisme du maître blanc pour
évoquer avec une tendresse condescendante, et sans beaucoup distinguer
les uns des autres, ses chiens, ses chevaux, ses serviteurs nègres, ses
terres ou son bétail…
Tant de bonne conscience (inconscience) colonialiste finira par
attendrir le lecteur, surtout s'il lui prend la fantaisie de réserver
cette lecture à un prochain voyage au Kenya. Il choisira alors de
s'installer au cœur du pays Masaï, dans un confortable lodge hérité de
l'époque britannique, en bordure de la rivière Mara, juste là où les
hippopotames viennent faire leurs boueuses ablutions. Il commandera un
Dry Martini au serveur, plus stylé que le plus raide des majordomes de
Sa Gracieuse Majesté.
Puis, tandis que le soleil déclinera lentement
sur la savane environnante, il se plongera avec une coupable volupté
dans cet Out of Africa (titre original) d'un autre siècle.
Joel Fomperie
© Etat-critique.com - 02/04/2010