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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 La faille

La faille

Gregory HOBLIT

Avec Anthony Hopkins, Ryan Gosling, Rosamund Pike et David Strathairn Metropolitan Filmexport – 9 mai 2007 – 1h49

Et ta critique ?




Il n’y a plus rien à attendre des films avec Anthony Hopkins, souvent simples véhicules pour la star du Silence des agneaux. La faille est donc la bonne surprise puisque l’acteur y est bon et le film autour de lui pense d’abord à la jubilation du spectateur qu’à l’ego démesuré d’Hopkins.

Le crime parfait existe-t-il ? Ted Crawford réussit à répondre à cette question. Parce que sa femme le trompe, il lui colle une balle dans la tête. Il avoue son crime à un policier trop zélé. L’enquête est entendue. Le procès semble jouer d’avance. Il y a juste un détail qui cloche : l’arme du crime s’est volatilisée.

A cause de cela, le coupable peut prétendre à l’acquittement. Un jeune procureur aux dents longues va tenter de comprendre le stratagème plus que retors de l’ingénieur meurtrier. Le spectateur, lui aussi, va pouvoir se triturer les méninges pendant presque deux heures.

C’est la grande qualité de ce film policier que l’on n’attendait pas vraiment. Il s’adresse aux neurones. Il ne se passe pas grand-chose mais tout y est passionnant. Puisqu’un détail est l’enjeu de l’intrigue, tout devient intéressant, y compris quand le réalisateur s’intéresse aux personnages.

Refaisant le coup du génie du mal, Anthony Hopkins, cynique vieillissant, est toujours parfait. Aux limites du cabotinage, l’esprit supérieur de son personnage colle parfaitement à la mégalomanie du comédien. Il sert idéalement le scénario, joliment déroutant.

En face de lui, la star montante, Ryan Gosling, confirme tout le bien que l’on pense de lui depuis le sous-estimé Calculs meurtriers. Les seconds rôles sont solides. La faille appartient à ces polars classiques, inattaquables dans la forme. Gregory Hoblit est un faiseur compétent : il assure une mise en scène élégante.

Le vrai raffinement de La faille vient du scénario. Il met le spectateur en face d’un casse tête, facétieux et tragique en même temps. On jubile devant le plaisir malin que prend Ted Crawford à jouer avec les fondements de la justice. On s’inquiète du pouvoir de vie et de mort qu’il s’octroie. La faille dépeint un système fragile et inégal. L’œuvre n’est pas à la gloire du système judiciaire. Derrière le jeu, il y a une réflexion pas idiote sur le monde juridique.

Le film n’est pas non plus un pamphlet. C’est d’abord un divertissement et il assure le spectacle d’un bout à l’autre. Humble dans la forme, astucieux dans le fond, La faille ne demande qu’à ce que vous vous engouffriez dedans !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 05/06/2007