Avez-vous peur de l'Ankou? Ce personnage mythique de Bretagne tout de noir vêtu, qui vient prendre les âmes en partance sur son chariot noir, tiré par un cheval noir.
Vous devriez. En tout cas c'est ce que vous conseillerait Gwen le
Tousseux, ce jeune orphelin qui a grandi sur les terres d'Armorique.
En cet hiver 1914, où ses poumons toujours malades s'en donnent à cœur
joie, il va être soustrait de sa vie de misère par un voyage dans la
charrette de l'Ankou.
Il va ainsi quitter une maison qui lui avait été léguée par le
rebouteux du village. Le vieux Braz qui l'avait pris en apprentissage
peu de temps avant de partir dormir sous la terre.
La destination de l'Ankou est une plage de la contrée des Douze
Provinces, un lieu hors du temps où l'on ne connaît pas la Bretagne, où
il n'y a aucune rumeur de guerre, et où Gwen va devenir un Égaré.
Sur cette plage sont en faction des membres de la Douane Volante, des
hommes à la portée politique puissante en charge de récolter les
impôts, et les Égarés.
Un de ces Douaniers surtout va jeter son dévolu sur Gwen et ses talents
de guérisseur : Jorn, un grand blond à la mine engageante. Mais on
aurait tort de se fier à sa première impression. Le douanier va devenir
un mentor, et lui expliquer les codes de ce monde inconnu. Seulement
voilà, les codes de Jorn sont aussi les siens propres et Gwen
l'apprendra dans la douleur.
Magnifique roman d'aventures, de grand large, d'épopée que voilà.
On connaissait les talents de conteur de François Place, ce qui
rajoutait à la magie de ses albums illustrés : Siam, le roi des trois
Orients, les derniers géants, etc...
Or là justement, les dessins aux traits si caractéristiques, ne sont plus
un appui, on les retrouve juste sur la couverture. Où Gwen et Jorn sont
représentés avec Daer, un oiseau particulier drogué au genièvre.
Ce sont les personnages principaux que nous livrent l'auteur, ils marchent et sont bousculés par le vent. Celui du destin?
Il est difficile de tout raconter tant l'histoire est riche, l'univers
de la médecine et celui de la politique viennent rajouter à la
complexité de l'ensemble.
Ce roman est vraiment un moment magique, chaque scène vous surprend par
son côté cru, ses rebondissements inattendus, la finesse des
personnages représentés, tout vous bouleverse.
Gwen, surtout, avec sa gueule d'anti-héros aux choix de vie déroutants, mais pourtant tellement humains.
Les animaux aussi sont importants: l'insupportable Daer, le terrifiant
Kraken qui rôde dans le roulis des vagues, mais surtout la tortue celle
qui dans les légendes supporte le poids du monde et ouvre ici les
portes du temps.
Claire Couthenx
© Etat-critique.com - 31/03/2010