2037 sur Rush Island ce sont les 20 ans de la loi Bradbury : "Article 1er - Toutes les images sont interdites sur la totalité du territoire (...) Article 4 - Tout contrevenant (...) sera automatiquement condamné à perdre la vue (...)"
L'application de cette loi instaurée par l'impératrice Harmony est assurée par la Brigade de l'Oeil menée par les najas. Ce sont eux qui, durant ces dernières années, ont brûlé toutes les images qu'ils trouvaient, aveuglé tous les contrevenants à la loi Bradbury, avec à leur tête le très zélé Capitaine Flint.
Kao a 15 ans. Lui, contrairement à ses camarades qui s'appellent Stocker ou Emma en référence à la littérature, a un prénom d'acteur en hommage à son grand père projectionniste. Il rêve d'images dans cette société tout entière tournée vers la littérature, où l'écrit est supérieur aux représentations. Alors il deale des illustrations sous les instructions de la résistance menée par Fuji.
Un jour, un de ses clients va lui confier quelque chose d'extraordinaire : un bout de pellicule des Temps modernes de Charlie Chaplin. Il l'a trouvé dans un endroit où, selon lui, "il y en a des montagnes". Kao va tout faire pour retrouver, et protéger ces centaines de pellicules de films. Malheureusement, il n'en sauvera que trois. Malgré cela une projection sauvage va être tentée. Toutes les autorités sont sur les dents, et Kao est sur des charbons ardents.
C’est un roman très dur que nous livre là Guillaume Guéraud pour son deuxième ouvrage à la collection DoAdo Noir. Du cyber punk pour ados, des situations difficiles et des concepts violents. Un beau texte sur la résistance. On a l'impression que l’auteur a imaginé ce futur proche à force d'écumer les lieux de lectures, et dévidé le fil du récit autour de ce que cela donnerait si ces milieux là prenaient le pouvoir.
Un bon moyen de lancer plusieurs débats : sur la suprématie de l'image, sur son importance, sur sa hiérarchisation, sur la cohabitation lecture-image.
Guillaume Guéraud nous avait habitué à des romans coup de poing, plus secs. Avec cet ouvrage de plus de 400 pages, il laisse se dérouler l'action plus longuement sans pour autant nous lasser une seconde. Moins polémique que Je mourrai pas gibier, mais plus réfléchi et plus adulte, La brigade de l'oeil confirme que Guillaume Guéraud est vraiment une très belle étoile dans le firmament des auteurs jeunesse.
Claire Couthenx
© Etat-critique.com - 12/09/2007