Du comics avec des super-héros bien de chez nous. Il fallait y penser. Serge Lehman et Fabrice Colin se sont collé à l’exercice. En résulte un scénario brillant. Dommage que le dessin ne suive pas.
Le saviez-vous ? Les super héros sont nés en Europe, sur les champs de bataille de la première guerre mondiale. Ils s’appellent Léo Saint Clair alias le Nyctalope, protecteur de Paris, ou le Passe-muraille, tout droit sorti de la nouvelle de Marcel Aymé. Il y a aussi l’Accélérateur, ancêtre de Flash Gordon, ou l’homme cafard alias Grégoire Samsa, échappé de la Métamorphose ! Leur ennemis sont le docteur Mabuse et ses nombreux auxiliaires, qui trament de sombres actions depuis leur repaire de Métropolis.
Le récit commence dans le contexte troublé des années 30 quand les super-héros européens choisissent leur camp : celui du fascisme, du communisme ou de la démocratie.
Commençons par ce qui fâche. Le récit se présente sous la forme d’un comics : même format, même découpage, même rythme de parution. Tout y ressemble. Y compris le dessin qui semble inspiré de Mignola, le génial auteur de Hellboy.
Pourquoi pas ? Mais on aurait préféré que les albums soient un peu plus consistants. En ces temps de crise économique, débourser onze euros pour un très petit volume (la série en comptera six) d’à peine cinquante pages n’est pas évident pour tout le monde.
Le dessin, par contre, est très économe, tout en ellipses et a-plats de couleurs. Sauf que Gess manie beaucoup moins bien les clairs-obscurs que Mignola, que son trait manque de rigueur et que ses décors sont négligés.
Heureusement, le scénario co-signé Christian Lehman et Fabrice Colin est excellent.
Leur tentative de comics à la Française trouve son inspiration dans le cinéma ou dans les romans de science fiction de l’entre deux-guerre. Ce qui permet de rappeler que nous avons une tradition de SF, laquelle comprend des écrivains comme J.-H Rosny, Barjavel, Régis Messac ou Jacques Spitz.
Les deux premiers volumes de la série fourmillent de trouvailles. Ainsi du super-héros qui se cache dans un bunker enterré sous la butte Montmartre ou du groupe de savants fous soviétiques appelé Nous autres, qui dispose d’une armée de mécanoides. De plus, Les auteurs mêlent l’Histoire à l’imaginaire, faisant intervenir André Breton lors de l’exposition internationale du surréalisme de 1938 ou Marie Curie et son institut du radium.
Récapitulons : une histoire très originale qui mérite la comparaison avec la série des Extraordinaires gentlemen d’Alan Moore. Mais un dessin qui laisse franchement à désirer.
Gilles Sendek
© Etat-critique.com - 17/10/2009