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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 La belle vie

La belle vie

Jay MCINERNEY

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Agnès Desarthe - Editions de l’Olivier - 425 pages

Et ta critique ?




Notre première rencontre avec Corrine et Russell Calloway date de 1987. Ils avaient trente ans et des poussières, New York leur appartenait. Avec La belle vie, on les retrouve quatorze ans plus tard, le 10 septembre 2001, à la veille de la fin de leur monde.


Ce soir-là, ils ont quelques amis à dîner dans leur petit loft de TriBeCa. Salman Rushdie vient de se décommander, mais la soirée ne s’en annonce pas moins prometteuse. Ce sera la dernière avant le cataclysme qui, le lendemain, bouleversera leur vie. Sociale, professionnelle et de couple.

Dans l’étrange atmosphère qui succède à l’effondrement des Twin Towers, Corrine et Russell vont insensiblement dévier de leur trajectoire pour s’éloigner inexorablement l’un de l’autre.

Lui continuera, envers et contre tout, à maintenir le cap de son existence passée. Son métier d’éditeur sera le nord magnétique de sa boussole personnel. Incapable de voir l’effondrement d’une vie conjugale qu’il croit indestructible. Comme l’Amérique croyait indestructible son hégémonie sur le monde.

Elle, dès les premières heures, se porte volontaire pour aider les sauveteurs qui se relaient à Ground Zero, d’abord pour rechercher d’hypothétiques survivants, ensuite pour déblayer l’inconcevable amas de ferrailles qui a remplacé les tours arrogantes qui se dressaient là depuis trois décennies.

Elle y rencontrera Luke, rescapé miraculeux du désastre. C’est le début d’une passion qui, elle aussi, balaiera tout sur son passage. Durant des mois, le New York chamboulé qui se relève péniblement du traumatisme abritera leurs amours clandestines, loin du fric et de la frime chic et toc de leur milieu.

A des années lumières du mélo que le rapide résumé qui précède pourrait suggérer, le nouveau roman de Jay McInerney confirme le talent diabolique de l’un des auteurs américains les plus brillants. Son élégance, son intelligence et sa férocité transcendent cette romance en une œuvre à portée universelle.

Analyse en creux des conséquences des événements du 11 septembre, l’auteur nous délecte parallèlement avec sa dissection chirurgicale de la "bonne" société new-yorkaise égotique et totalement coupée du monde qui l’entoure.

Mais c’est dans un dernier chapitre d’anthologie que Jay McInerney assoit définitivement son génie littéraire. Neuf pages extraordinaires qui transforment un micro-événement banal en cataclysme humain aussi dévastateur, pour ses deux protagonistes principaux, que l’effondrement des deux tours quelques mois plus tôt… annonciateur d’un progressif et inéluctable retour à la normale.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 01/06/2007