Regard clinique sur une période sombre de l’Allemagne. La bande à Baader fait son devoir de mémoire mais est ce un bon film pour autant ?
Moi Christiane F, 13 ans, droguée et prostituée, voilà le titre et tout le programme du tout premier film d’Uli Edel. Un film choc qui débute une filmographie assez casse gueule. Le cinéaste s’est frotté à Hollywood et s’est pris une bonne déculottée. Body, avec Madonna, c’est lui.
De retour en Allemagne, Uli Edel refait parler de lui avec La bande à Baader, évocation du groupe terroriste des années 70. Après La chute, La vie des autres, le cinéma allemand continue de sonder ses traumatismes et se confronte à une réalité douloureuse.
C’est salutaire. Le cinéaste ne ménage pas le spectateur. Son film est long et très violent. Les détracteurs parleront de successions de meurtres et d’attentats. Luttant contre l’impérialisme, les membres de la bande à Baader s’enfoncent petit à petit dans un nihilisme total et effarant.
Le film fait un travail minutieux sur l’organisation et les motivations de ces radicaux de plus en plus incontrôlables. La reconstitution sent bon la révolution culturelle. La description des milieux mafieux impressionne. Le romantisme de la situation, si tentante pour une fiction, s’efface au fil des minutes.
Uli Edel pose un regard froid sur le groupe extrémiste. Il ne juge pas. Il observe. C’est toujours un peu dommage qu’un film se refuse un point de vue et peut être qu’un sujet aussi difficile méritait un traitement moins neutre. Cependant l’effort est louable. Le film a des défauts mais son ambition première balaie les appréhensions. Le film ressuscite un passé peu glorieux. Il choque. Il interroge. Il fait le travail d’un art, qui se limite bien souvent à des intentions commerciales et divertissantes.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 17/11/2008