Oubliez les Prix Concours, Medina ou de la Comédie Française. Oubliez les prix de saisons et plongez-vous dans la vraie littérature. Lisez Doubinsky, nom d’une pipe !
La Trilogie Babylonienne de Sébastien Doubinsky vient de paraître aux Editions Joelle Losfeld. Il s’agit de trois courts romans qui se répondent et dont on retrouve certains personnages en fil rouge.
Ces trois romans se passent dans une ville nommée Babylone qui ressemble à beaucoup de mégalopoles et les contient toutes. Ces romans d’une grande richesse (œuvre fantastique, polar, récit d’apprentissage, fable) sont portés par une écriture brillante.
Sébastien Doubinsky écrit à l’économie. Il nous plonge sur des montagnes russes en usant d’une économie de moyens remarquable. Il y a certes des métaphores, des comparaisons mais elles ont le but poétique de purifier notre regard.
Il faut insister sur ce sens de l ‘économie qui va de pair avec une richesse mythologique. En plus de deux-cent pages, nous trouvons des références et des clins d’yeux à la culture Egyptienne, à Bouddha, aux métamorphoses mais aussi à William Burroughs et à Sonic Youth.
Aucune de ces références n’est là pour l’esbroufe. Ce qui compte chez cet auteur, c’est son sens de la narration virevoltant.
La naissance de la télé… le premier roman entrecroise les récits à partir d’une guerre dans le Sud -Est de la Chine. On y fait la connaissance d’un soldat qui compte les morts, d’un jeune écrivain qui collectionne les lettres de refus, d’un homme qui devient, chien, poisson et oiseau, d’une journaliste de télé carriériste. Ce chaos organisé aboutit à une superbe scène finale.
Dans Taureau Jaune, nous faisons la connaissance de Georg Rattner qui enquête sur un serial killer du nom de Ribane – Ribane. Le ton est sombre, la violence très présente ainsi que le poids du passé. Le récit resserré se concentre sur la trajectoire de Rattner, sa vie bousillée et la croyance que les rêves peuvent permettre de résoudre les enquêtes.
Dans Les jardins de Babylone, se déroulent les trajectoires d’étoiles filantes : Speedy Jimmy, un assassin assermenté par l’Etat cherche à se venger d’un vieux mentor qui a écrit un livre sur lui, décrivant leurs ébats sexuels. Un écrivain s’apprête à quitter Babylone où il ne peut faire publier ses œuvres, tout en étant conscient que Babylone restera éternellement sa source d’inspiration. Une danseuse junkie ne se remet pas de la mort de son amant, un poète non publié.
Les jardins de Babylone tournent autour de la liberté, du statut de l’écrivain. L’écriture reprend son rythme kaleidoscopique, agrémentée d’une absence d’espoir particulièrement tonique.
Ces romans ont été écrits il y a longtemps. Publiés en Angleterre, voici quelques mois, ils sont traduits de l’anglais par l’auteur lui-même, parfaitement bilingue. Passé et futur s’y conjuguent pour donner au lecteur un plaisir très présent.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 15/11/2011