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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

La Rose pourpre du Caire

La Rose pourpre du Caire

Woody ALLEN

Avec Mia Farrow, Danny Aiello, Jeff Daniels et Dianne West - 20th century fox - 1984

Et ta critique ?




La rose pourpre du Caire fait le coup du film dans le film. Woody Allen réalise pourtant l’une de ses plus charmantes comédies.


Tous les cinéastes doivent faire leur film dans le film. De Truffaut à Ferrara en passant par Wes Craven, nombreux sont les réalisateurs qui se sont intéressés à leur art de manière frontale ou égocentrique. Tu n’es pas un auteur si tu ne glisses pas dans ta filmographie, une réflexion explicite sur ton art.

En 1984, Woody Allen est déjà considéré comme un des plus grands mais il continue ses facéties sur grand écran. Les récompenses pleuvent au début des années 80 sur le new-yorkais binoclard. Son art il le maîtrise parfaitement : il célèbre le faux et l’usage du faux avec l’excellent Zelig. Il mélange vieilles scènes d’actualités, réalité historique et récit farfelu sur l’homme caméléon.

Pour Allen, le cinéma est un sublime sophisme. Il aime la tromperie mais aussi le semblant de cohérence qu’offre la fiction. Son cinéma ne fait que fêter cette apparente rigueur, où la condition humaine a au moins le mérite d’être justifié par une fonction au récit.

L’héroïne de La rose pourpre du Caire ne voit pas son existence d’un très bon œil. Durant la grande dépression, Cécilia fuit un mari abruti et une morne vie au cinéma. C’est son seul réconfort. Un jour, le héros d’un film qu’elle a vu plusieurs fois, décide de quitter le film pour rencontrer Cécilia…

Le héros fictif veut découvrir la vraie vie tandis que Cécilia tente de l’oublier. Cet événement fantastique va semer une zizanie incroyable. Allen en profite pour régler ses comptes avec l’industrie hollywoodienne et l’avarice qui habite les producteurs.

Entre réalité et fiction, le réalisateur d’Annie Hall oppose l’imaginaire et la vérité. Il profite de l’élément fantastique pour s’interroger une fois de plus sur le sens de la vie et ses grandes absurdités. L’homme est un éternel insatisfait.

Heureusement, le cinéaste est de bonne humeur. On n’est pas dans sa phase bergmanienne. Le film est ludique et drôle. Une grande bouffée d’air frair. Une fable hommage aux vieux films naïfs et délicieux. Ephémère, le cinéma console et cagole. Le cinéma substitue à nos regards un monde qui s'accorde à nos désirs. Cette citation de Bazin résume parfaitement le thème de cette comédie folle.

Le cinéma est mensonge. Un doux mensonge. Qui sauve peut être même nos existences.

Phrase culte: Je viens de rencontrer un homme. Il n'est pas réel mais on ne peut pas tout avoir!


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 05/05/2011