Un acrobate, un plasticien et un comédien interprètent de façon magistrale La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, de Blaise Cendrars. Étonnant.
C’est vrai, les premières minutes sont longues, dans l’obscurité, lorsque le spectateur attend, intrigué, que viennent, que jaillissent les mots de la scène.
Seules des ombres bougent, on devine un immense ballon qui se gonfle comme si un léger vent soufflait. Des bruits, des lueurs laissent la place à toutes les interprétations possibles. C’est la nuit, un train est arrêté en gare, un voyageur se penche par la vitre…
Mais le texte de présentation coupe court à cette rêverie en suggérant d’imaginer plutôt la grande sphère translucide qui occupe toute la scène comme un crâne. Et le texte de Cendrars comme « un orage sous le crâne d’un sourd ».
Pourquoi pas ? Mais les premières minutes, dans cette obscurité qui insiste, ces mouvements devinés, nuit très légèrement à l’envie, à la curiosité.
Enfin, vient la lumière et l’on découvre une grande sphère toute gonflée avec à l’intérieur trois hommes qui se déplacent. L’un, Guillaume Gilliet, est comédien et dit le texte de Blaise Cendrars de façon subtile, forte, imagée. C’est ainsi qu’on imagine le poète voyageur raconter ses déambulations amoureuses, ses errances, toujours à l’affût de l’aventure et de la moindre découverte... Sa diction est saccadée, empruntant au rythme effréné des voyages, évoquant la rapidité d’un train.
Il est accompagné de Mathieu Antajan, acrobate, et de Pascal Doudement, plasticien. Tous trois donnent ainsi forme, voix, corps au texte du poète, de façon peu classique et souvent touchante, voire envoûtante. Réunis dans cet espace clos, ils forment une sorte de ballet, une chorégraphie mais semblent aussi parfois dans la quête, se cognant éperdument à la rondeur de cette sphère. Et le funambulisme, l’accrochage de robes gigantesques, les pas hésitants du comédien, s’ils sont parfois une trouvaille scénographique, peuvent également troubler le spectateur néophyte, qui vient surtout écouter l'œuvre du poète.
Il est alors tenté de fermer les yeux pour couper court à cette impression de tournis. Dommage, car l’idée est belle et bonne, peut-être aurait-il fallu un peu plus de respiration, des pauses dans le poème, pour le savourer à plein.
Mais les performances, visuelle comme verbale, méritent le détour.
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Marie Léon
© Etat-critique.com - 31/05/2009