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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

La Princesse de Montpensier

La Princesse de Montpensier

Bertrand TAVERNIER

Avec Melanie Thierry, Lambert Wilson, Gaspard Ulliel et Gregoire Leprince Ringuet - StudioCanal - 3 novembre 2010 - 2h19

Et ta critique ?




En dépit de quelques faiblesses, le dernier film de Bertrand Tavernier a de quoi réjouir le cercle de ses fans, et au-delà…


L’histoire débute en 1562, sous le règne de Charles IX, dans la France complexe et bouleversée des guerres de religion. La jeune Marie de Mézières folâtre avec Henri, Duc de Guise. Des adolescents. Rien de bien sérieux. Mais ensuite les choses se gâtent : mariage forcé avec Philippe de Montpensier, amours bâillonnées, ça sent le drame au rustique château de Champigny dans lequel s’installe bientôt le jeune couple.

Ca ne loupe pas, d’autant moins qu’entre deux guerres contre les protestants la princesse de Montpensier a été présentée à la cour, où sa beauté continue de semer le trouble, et où règne presque déjà le vicieux et séduisant duc d’Anjou, fils préféré de la reine Catherine de Médicis.

Bref, un conseil : relire son histoire de France avant la séance, pour goûter tout le sel de la petite histoire comme de la grande, cette dernière est en effet évoquée de façon très elliptique, afin de pas plomber le film.

Cela dit, ceux qui ont aimé Que la fête commence devraient trouver leur compte dans cette Princesse qui nous livre une vision historique dépoussiérée, débarrassée des fraises (ce sont les perruques qui étaient restées au placard dans Que la fête commence, mais le mouvement est le même), en un mot : vivante.

Cette vision semble si juste qu’il faudrait être insensible pour ne pas se sentir transporté. Transporté dans un monde rude, il est vrai, où l’on s’essuie dans la nappe, pratique la médecine à l’emporte-pièce, chasse le sanglier en automne et l’hérétique tout le reste de la sainte année… Ah ! ça, on ne badine pas avec la religion.

Du côté technique, tout est superbe. La photographie de Bruno de Keyzer vaut tous les dépliants sur les charmes du Cher et du Cantal ; Philippe Sarde, vieux routier du cinéma français, nous livre une musique originale moderne, bien ficelée, sans génie mais non sans intérêt ; et du côté des costumes, il y a du césar dans l’air.

Le hic, c’est le scénario, adapté de la nouvelle de Mme de la Fayette: il aurait gagné à être davantage travaillé dans la seconde partie, nettement moins convaincante que la première. La mise en scène reste heureusement du meilleur niveau, avec de vraies bonnes trouvailles (l’annonce des fiançailles, au début du film,  ou encore, plus tard, Marie enjouée dans sa chambre de retour de la fête), de beaux plans séquences, et, d’une manière générale, des personnages bien en selle.

En revanche le jeu des acteurs principaux est plus discutable. Gaspard Ulliel semble de plus en plus échappé d’un boys band des années 1990, et son jeu se met à l’unisson. Quant à Mélanie Thierry et Lambert Wilson, ils sont inégaux, sur-jouent parfois d’une façon surprenante. En revanche les seconds rôles, eux, sont tenus par des acteurs épatants d’un bout à l’autre du film, à commencer par le tandem Michel Vuillermoz- Philippe Magnan, formidable... presque royal!



Philippe Muller

© Etat-critique.com - 22/11/2010