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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

 La Poursuite du vent

La Poursuite du vent

Viviane DE MUYNCK

Théâtre des Abbesses du 3 au 6 mai 2007 puis Festival d'Avignon du 8 au 15 juillet 2007

Et ta critique ?




Viviane de Muynck a adapté et interprète La Poursuite du vent, chronique autobiographique, acerbe et désabusée de la vie de Claire Goll, une femme qui a vécu auprès de grands artistes dans la 1re moitié du XXe siècle.


La pièce démarre à contre-jour : une rangée de spots placée en fond de scène éblouit les spectateurs et les empêche de bien voir la comédienne. C’est donc pratiquement contraint de fermer les yeux que l’on écoute cette voix grave, rauque, marquée d’un fort accent belge, qui commence par nous raconter une enfance triste, avec une mère trop sévère.

Cette sévérité de la mère sera marquante pour Gloria Goll : "Chaque fois que je suis heureuse, j’ai peur d’être punie… même dans mes rêves".

Est-ce cette peur du bonheur qui pousse Gloria à dénigrer ceux qu’elle a connu ? Ou est-ce le fait qu’elle ait fini sa vie dans une relative déchéance ?

Toujours est-il que le ton se fait bien vite suffisant et hautain (un peu à la Karl Lagerfeld des meilleurs jours). Car si Claire Goll a tout vu, tout connu et si elle n’a elle-même apparemment pas fait grand-chose, elle ne se prive pas pour critiquer tous (ou presque) les génies qu’elle a côtoyés entre 1917 et 1950 (Dali, Picasso, les Delaunay, Elsa Triolet…).

Le ton est dur, le propos est amer, et personne ne semble trouver grâce aux yeux de notre chroniqueuse mondaine, surtout pas les femmes qui sont "écervelées et dominées par leur instinct de reproduction". Seule Elena Rubinstein semble épargnée, et encore est-il précisé qu’elle n’était pas capable de faire la différence entre un Chagall et un Matisse !

Les hommes ne sont pas mieux lotis, eux qui sont des marionnettes des femmes (Dali et Galla) et qui sont dépeints comme des êtres particulièrement cyniques, orgueilleux et vénaux (Max Ernst qui épouse Peggy Guggenheim pour sa fortune, Dali qui s’installe en Californie pour être au plus près des riches…).

A la fin de sa vie, Gloria Hall est revenue en France où elle est lâchée par à peu près tout le monde. Le moment est donc sensé être touchant, émouvant, et donner des clefs pour comprendre pourquoi elle voue une telle hargne à ses anciens amis.

Malheureusement l’émotion est sur-jouée et le propos assez convenu : "Les rides s’inscrivent dans le visage, non dans le cœur… ou dans le sexe".

On saluera tout de même le décor et surtout la mise en lumière particulièrement réussie. La scène est dépouillée à l’extrême : nul accessoire à l’exception d’un parquet disposé en relief, et surtout d’une très belle constellation de spots (du moins lorsque l’intensité n’est pas volontairement poussée au point d’éblouir la salle !).


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 10/05/2007