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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

 La Petite Catherine de Heilbronn

La Petite Catherine de Heilbronn

Heinrich VON KLEIST et André ENGEL

Ateliers Berthier, Paris du 10 Janvier 2008 au 23 Février 2008

Et ta critique ?




Si vous allez voir "La Petite Catherine de Heilbronn" par André Engel au théâtre de l'Odéon, vous ne serez pas enchantés par ce conte d'Heinrich von Kleist, aux confins du fantastique. La faute à la mise en scène ?


« La Petite Catherine de Heilbronn » se joue actuellement, et jusqu’au 23 février, aux ateliers Berthier du théâtre de l’Odéon. Voilà une belle occasion de voir jouer une des pièces d’Heinrich von Kleist, auteur prussien du début du 19ème siècle, très apprécié depuis quelques temps de nos metteurs en scène[1]. André Engel (ce metteur en scène, qui avait hardiment resitué Le Roi Lear à notre époque), artiste associé du théâtre de l’Odéon, y a trouvé lui aussi une nouvelle source d’inspiration pour sa dernière mise en scène.

Il est vrai que ce conte mystérieux imaginé par von Kleist, se déroulant dans un Moyen Age qu’on aime à considérer comme obscur et mystique, permet à un metteur en scène de théâtre de laisser libre cours à son imagination, afin de créer une pièce à l’atmosphère ensorcelante.

Catherine, jeune fille angélique de 15 ans, tombe amoureuse du comte von Strahl, de passage à Heilbronn, et décide de tout quitter pour le suivre. Le comte, pourtant, n’avait rien tenté pour la séduire, elle, modeste roturière. Lorsqu’accusé de sorcellerie devant un tribunal divin par le père désespéré de Catherine, le comte demande à celle-ci pourquoi elle le suit de façon aussi servile, elle ne fait que lui répondre : « Vous le savez bien », comme si un secret, que le comte feint d’ignorer, les unissait…

Il faudra une femme aux atouts démoniaques, un projet de mariage, de la vengeance et surtout un incendie – « La petite Catherine de Heilbronn - L’épreuve du feu » est le titre complet de la pièce - pour que les secrets soient révélés. Le feu joue, en effet, comme un détonateur accélérant le cours de la petite histoire, révélant les rêves et les illusions.

La représentation de ce conte d’Heinrich von Kleist est malheureusement bien décevante et ne nous envoûte pas comme l’aurait pu nous le suggérer le texte. Il ne suffit pas, en effet, de plonger la scène dans une omniprésente obscurité, éclairée par quelques lueurs placées de ci, de là ou par quelques cheminées ou – quelle anachronique provocation ! – par des phares de voitures pour rendre l’atmosphère ténébreuse, qui se dégage de cette affaire amoureuse. Le recours à d’immenses panneaux amovibles représentant des rochers, des montagnes, un monastère, une cathédrale ou encore le palais impérial rappellent en outre quelques poussiéreuses mises en scènes…. Etonnant pour l’Odéon, qui avait habitué ses spectateurs à bien plus d’audace et de modernité. Juste pour le plaisir, rappelons les récents « Krum » et « Homme sans but ».

Il semblerait qu’André Engel ne se soit pas vraiment approprié le texte de « La petite Catherine » et qu’ainsi, nous apparaissent des moyens scéniques grossiers pour représenter le mystère et la rêverie entourant la conte de von Kleist… Le ridicule n’est, en effet, malheureusement pas loin lorsque, par exemple, l’Empereur révèle l’origine de la naissance de Catherine.

La lettre n°3, petite notice explicative distribuée à l’entrée des ateliers Berthier, aurait pu venir à notre secours (ou à celui du metteur en scène) en expliquant le travail et la démarche d’André Engel, mais elle ne fait qu’une analyse littéraire des rapports entre de Catherine et le comte von Strahl.

 

 

 

 

 



[1]En 2007, deux de ces textes ont été représentés au  théâtre Gérard Philippe à Saint Denis ainsi qu’au Théâtre de la Commune à Aubervilliers. Cette année, la Comédie Française nous présente « Penthésilée».


Emilie Barbaux

© Etat-critique.com - 08/02/2008