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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

La Maison des Cerfs

La Maison des Cerfs

Jan LAUWERS

du 7 au 12 mai 2010 Théâtre de la Ville

Et ta critique ?




 

Après La chambre d’Isabella (2004) et Le bazar du homard (2006), le troisième volet de la trilogie de Jan Lauwers et de sa compagnie Needcompany – La maison des cerfs – est en scène au Théâtre de la Ville du 7 au 12 mai.

 

Inspiré de la mort du frère d'une des danseuses de la compagnie - le photographe de guerre Kerem Lawton - ce spectacle raconte avant tout une histoire de dénonciation : contre la guerre, bien sûr, mais aussi contre le silence des sentiments, la dissimulation de la fragilité de l'être humain. La scène devient ainsi le moyen de montrer ouvertement, sans jugement ni virtuosité, la nudité de la souffrance de l'homme, d’une façon qui surprend et émerveille, dépaysante, voire déconcertante, au début, puis originelle et, enfin, franchement attirante, car imprévisible.


La succession de jeux d’acteur, danses et chants enveloppe le spectateur dans un monde irréel, bien que les dénonciations restent fortes et en premier plan : elles rappellent avec obstination leur existence et la nécessité de leur faire face. C’est la guerre, la mort, la tragédie. Mais aussi les blagues, les rires, les ires. En un mot : l’humanité.


Grâce à l’excellente interprétation des acteurs - dont on ne peut que vanter la bravoure à s'essayer, sans aucune peine ni indécision, dans plusieurs domaines artistiques et dans trois langues différentes (anglais, français et néerlandais) - la “maison des cerfs” perd petit à petit ses contours théâtraux et prend les traits d’une demeure abstraite, tel un limbe, un endroit qui, un jour ou l’autre, accueillera tout le monde.


Au bout d’un moment on se sent faire carrément partie de cette famille élargie, un peu bizarre, qui partage la quotidienneté : on connait les acteurs-personnages par leur nom, on leur attribue des caractères bien nets, on suit la trame de leurs relations… Cela ne paraît plus de la fiction, on est conscient que ce n'est pas la réalité, mais - on dirait - c’est quelque chose au milieu, à la qualité des rêves ou de l’au-delà : légèreté et délicatesse y règnent, tout comme une saveur d’inexorable plus dure et sévère.


Scandé en actes sur le modèle de la tragédie grecque, ce spectacle reste la mise en scène d’une tragédie, mais d'une tragédie moderne, où il n'y plus que deux actes : un indice formel qui correspond au contenu multiple du spectacle, où les histoires surgissent et prolifèrent de la nécessité des actions mais aussi de la fantaisie des acteurs, en laissant ouverte toute possibilité d’évolution. Pas de fin, donc, pas de troisième acte qui donne la solution, car des solutions, aujourd’hui, on ne peut pas en donner.


Flavia Ruani

© Etat-critique.com - 10/05/2010