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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

La Légende de Bornéo

La Légende de Bornéo

Collectif L’AVANTAGE DU DOUTE

Jusqu’au 30 janvier 2012 Théâtre de la Bastille - Paris

Et ta critique ?




Je ne sais pas comment, mais ça fait du bien !

 

 


Le titre du spectacle n’est qu’un appât pour attirer le public : il n’est question ni de légendes ni d’un ailleurs fantastique tel l’île de Bornéo. Toutefois, ça marche ! On prend les billets pour voir ce que ça donne, pour découvrir ce qui se cache derrière. Ainsi, on se rend compte que le titre donne d’emblée le ton du spectacle tout entier : à la fois drôle et engagé.

 

Le thème véritable de la pièce est, en effet, le travail –  un sujet qu’affectionne le Collectif L’Avantage du doute – et la façon avec laquelle il est traité, est en même temps décontractée et sérieuse.

 

Il est délicat d’aborder le thème du travail sans tomber dans les clichés, surtout ces derniers temps, où la vie moderne monopolisée par l’argent et la productivité est devenue un grand classique de l’art dans toutes ses formes. D’un certain point de vue, cette pièce non plus n’a pas réussi à vaincre le défi : sa dramaturgie ne brille pas par son originalité. Le niveau des contenus est élémentaire, tout ce à quoi on peut s’attendre est là : la vie sexuelle d’un couple en crise à cause d’une mauvaise journée au boulot ; l’incompatibilité entre une jeune fille, qui voudrait gagner sa vie par le théâtre, et sa famille, qui lui reproche de ne pas être réaliste car le travail est l’antithèse du plaisir ; la parodie d’une journée-modèle d’un conseiller de Pôle-emploi ; la psychologie dérangée d’un employé d’entreprise…  Bref, ce n’est pas ici que l’on trouvera la source du charme de cette pièce. Ni non plus dans le décor, réduit au strict minimum (quatre chaises, des planches).  Ni, d’ailleurs, dans les jeux de lumière, inexistants. Ou dans la musique, presque absente. Ou dans la relation artistique entre le corps et l’espace, l’acteur et la scène : complètement négligée. Ni, enfin, dans les techniques propres du métier : il y a même des choix de jeu théâtral qui rappellent les amateurs, les groupes de théâtre des lycées…

 

Mais c’est un spectacle qui sait transmettre beaucoup d’émotions, dans les rires, l’angoisse et la tristesse. Je ne sais pas par quelle secrète alchimie, étant donné que tous les ingrédients sont assez médiocres, mais le Collectif de l’Avantage du doute sait offrir une pièce fraîche, jeune, légère et profonde. C’est peut-être dû à la division en sketchs, qui permet d’abandonner un sujet et une émotion pour en aborder d’autres, différents, en laissant le spectateur dans la curiosité de voir ce qui se passe ensuite. C’est peut-être justement ce jeu un peu d’amateurs, où l’on a l’impression que tout est improvisé, laissé à la simple passion de faire du théâtre, qui rend le tout très agréable. On a l’illusion de se voir soi-même sur scène ; parfois, on croit que les acteurs ne sont pas des acteurs, mais de simples personnes qui racontent et partagent leurs vies, avec une spontanéité et une fraîcheur qui semblent réelles. Et ça, ça fait du bien.


Flavia Ruani

© Etat-critique.com - 13/01/2012