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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

La Derniere Piste

La Derniere Piste

Kelly REICHARDT

Avec Michelle Williams, Bruce Greenwood, Paul Dano et Will Patton - Pretty Pictures - 22 juin 2011 - 1h37

Et ta critique ?




Sobre évocation des premiers Américains à la conquète de l'Ouest. Poussiéreux, le film fait pourtant des choix osés et modernes.


1845. Oregon. Un trappeur décide de prendre un raccourci dans le désert avec trois chariots et quelques âmes séduites par le voyage dans le far west. Seuls au milieu de nulle part, ils vont rapidement déchantés...

C'est un western qui refuse toute action. C'est un film historique mais qui s'intéresse qu'à la petite histoire. C'est un objet cinématographique pas facile d'accès mais très courageux. La dernière piste confirme le talent d'une réalisatrice qui aime bien réduire le mythe américain à sa racine. Dans Wendy et Lucy, elle théorisait le road movie avec l'actrice Michelle Williams.

Le duo surprend une fois encore avec La dernière piste. Un faux western. Il y a bien des cowboys. Des carrioles. Un indien. Mais il y a surtout la nature. Trois couples partent avec leurs roulottes pour traverser l'ouest sauvage. Il croise, Meek, un trappeur, qui les perd dans un désert sans fin.

Plutôt qu'un film spectaculaire, la cinéaste Kelly Reichardt fait dans le réalisme ascétique. Très vite le désert entoure les neuf personnages. De la caillasse, des buissons brulés par le soleil et de la poussière.

Le dépouillement est tel que Michelle Williams devient une actrice prête pour se confronter à la dramaturgie décalé et conceptuelle de Lars Von Trier. Isolés dans le désert, les acteurs ressemblent à une troupe de théâtre itinérante. La précarité du tournage semble toucher les comédiens. On les devine derrière des personnages terrassés par la solitude.

Marqués, ils font des pionniers, l'essence du film, trop aride mais finalement attachant. C'est le quotidien qui intéresse la réalisatrice. C'est la folie de leur voyage qui finit par s'imposer. C'est la dure réalité du rêve américain (primitif). La réalisation à son tour se fait minimaliste. Le temps d'un plan laisse imaginer la difficulté du voyage.

La lumière ocre rappelle le lointain souvenir que tente de réveiller les auteurs du film. La dernière piste n'est pas facile d'accès malgré un casting très réussi. Pour accompagner la courageuse Michelle Williams, on reconnait le jeune Paul Dano (There will be blood) et les expérimentés Will Patton (Armageddon) et Bruce Greenwood (Star Trek). C'est un casting très hollywoodien qui accepte pourtant des choix très dures et radicaux.

Difficile de faire plus "indé" que ce western féministe peu glamour. Austère, le film parvient pourtant à rappeler quelques grands du cinéma. Il surpasse en toute simplicité une oeuvre grandiloquente comme Tree of life. Il y a beaucoup de points communs entre les deux films (la nature, la compassion et l'inconnu) pourtant le naturalisme forcené de la réalisatrice fait la différence. Son humilité est sa force. La dernière piste n'est pas forcément une oeuvre accessible mais finalement son souvenir est très fort.



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 28/06/2011