Avec Denis Podalydès, Florence Pernel et Bernard Le Coq - Gaumont Distribution - 18 mai 2011 - 1h45
Et ta critique ?
Longtemps attendu, ce biopic à la française déçoit le cinéphile mais intéresse le citoyen et comble l'admirateur d'un Denis Podalydès une fois de plus éblouissant de justesse.
Des mois d'attente. De secret plus ou moins bien gardé. De fuites plus ou moins bien orchestrées. De photos volées et d'indiscrétions savamment distillées. Et puis la bande annonce. Et puis l'équipe du film qui débarque sur les plateaux d'une télévision qui leur ouvre les portes d'émissions inhabituelles pour une promotion tous azimuts.
Pensez ! La première oeuvre de "fiction" française sur un homme de pouvoir en exercice. Et quel homme de pouvoir ! Sarko 1er lui-même ! Le Président honni de ses concitoyens encore étonnés, quatre ans après, d'avoir porté au pouvoir celui qu'ils détestent aujourd'hui aussi unanimement.
Alors, La conquête comme film exutoire d'un peuple bafoué et vengeur ? La conquête comme monnaie de sa pièce au nabot m'a-tu-vu qui occupe la charge suprême "malgré nous" ? La conquête comme retour à l'envoyeur au parti pris obscène d'une vie et d'une politique du tout-spectacle ?
Pas si simple en réalité. Le travail de Xavier Durringer et de son scénariste Patrick Rotman, sans être brillant, loin de là, est beaucoup plus nuancé que les premières images pouvaient le laisser imaginer. Ce roman vrai d'une accession longue et obstinée dresse le portrait d'un Nicolas Sarkozy droit dans ses bottes et tout entier tendu vers un but avoué : la prise du pouvoir.
La période choisie pour ce biopic est d'ailleurs strictement circonscrite au premier semestre 2007 au cours duquel le candidat doit simultanément affronter une adversaire pugnace, des "alliés" ouvertement hostiles (au premier rang desquels un Chirac madré et un Villepin prêt à tout pour lui nuire) et une vie de couple qui explose en plein vol à quelques semaines des élections.
Cette accumulation d'adversités exposées humanise inexorablement le zébulon surexcité dont on comprend mieux la dose de courage et de volonté qu'il lui aura fallu pour franchir les obstacles qui se sont présentés sur la route de son ambition personnelle.
Indépendamment de cette conséquence indirecte, La conquête n'est pas à proprement parler un bon film. Un peu lent et didactique, il s'applique surtout à tenter de restituer le climat d'une époque au travers d'un foisonnement d'anecdotes et de bons mots "certifiés authentiques", et de la mise en scène de personnages clés de l'entourage du candidat Sarkozy (tout en oubliant d'autres, tout aussi importants).
Son intérêt principal réside sans doute dans l'extraordinaire composition de Denis Podalydès qui incarne véritablement son personnage sans jamais se laisser tenter par une trop facile caricature "Guignolesque". Cette performance justifie à elle seule de revivre en salle ce moment de notre histoire politique récente.