Elle est blonde. Elle est belle. Elle n’est pas idiote. Aimee Mann n’a pas un gigantesque plan médiatique et des passages nombreux à la télévision. Discrètement, elle nous a offert un concert sobre, dans l’atmosphère américaine qui nous plaît.
Pour l’été, Bruce Springsteen a réchauffé le parc des Princes malgré un son pourri. Le souvenir est chaud et a duré toute la saison. On a entendu l’Amérique qu’on aime, entre amertume et espoir. Depuis l’Amérique, le temps d’une élection et d’une crise, est redevenu le centre du Monde. La société américaine est découpé en fines tranches et dans tous les sens.
Aimee Mann, grande tige américaine, défend elle aussi un mélange de musique traditionnelle et de rock. Elle n’a pas le charisme et la force de Springsteen. Elle a un charme incroyable et évite tous les clichés. La blonde contre attaque.
Le son d’Aimee Mann mélange de la country, avec de la folk music et un peu de rock. Elle a la grâce et elle sait maîtriser des rageuses compositions. Comme le boss, la chanteuse donne l’impression d’une force tranquille.
Après une première partie délicieusement pop (le couple The submarines), la belle déboule derrière ses musiciens assez atypiques. Deux pianistes s’installent à chaque coin de la scène. Le premier porte un costume classieux tandis que le second ressemble à un relookage forcé de Jim Kerr, le chanteur de Simple Minds, par les Black Crowes.
Le batteur prend son pied à chaque frappe et le bassiste a mis son pantalon dans des grosses rangers. Au milieu, l’ancienne leader de Til’ Tuesday apparaît sure d’elle, élégante et un peu froide. Elle balance deux morceaux de son dernier album puis offre au public ce qu’il attend.
Elle enchaîne les morceaux de la BO de Magnolia, qui a sauvé sa carrière solo. C’est exécuté avec professionnalisme. La belle se détend et finit par oublier le set. Elle demande au public de choisir les chansons. Elle s’amuse. Elle replonge dans 30 ans de carrière. Déjà !
A 48 ans, Aimee Mann rayonne sur scène. Ses sourires sont rares mais généreux. Ses chansons aigres douces caressent le public sans l’endormir. Le goût de l’Americana a une vraie saveur sur scène. Son groupe jubile sur les improvisations. Loin d’être mélancolique, l’artiste assure, rigoureuse et intrigante.
Son indépendance transparaît. Farouche, son concert nous a transporté aux Etats Unis, ce pays qu’on aime détester et qui nous fascine. Le souvenir de ce concert devrait nous aider à rentrer dans les jours plus froids, et, comme les Américains, attendre des jours meilleurs.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 11/11/2008