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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

La Chambre des officiers

La Chambre des officiers

Francois DUPEYRON

Avec Eric Caravaca, Sabine Azema, Andre Dussolier et Denis Podalydes - TF1 Video - 2001

Et ta critique ?




Pour le 11 novembre, on s'offre un petit souvenir d'un excellent cinéma francais classique et passionné...


Adrien (Eric Caravaca, magnifique de sensibilité et de retenue), sous-officier mobilisé de la première heure, tombe, victime de tirs d’obus, pendant une mission de reconnaissance. Miraculeusement retrouvé vivant 6 jours plus tard, il a la partie droite du visage emportée et doit être rapatrié sur Paris. C’est là, à l’hôpital militaire qu’il passera les années de guerre : de souffrances physiques et morales en opérations réussies quelquefois, ratées souvent, destinées autant à lui redonner un visage humain qu’à faire progresser l’art chirurgical – on sait bien que ce sont durant les périodes de guerre que la médecine et la chirurgie font le plus de progrès !

Prenant soin de nous offrir une image superbe et des cadrages recherchés, François Dupeyron nous entraîne pendant plus de deux heures dans un huis clos géographique et psychologique prenant, sensible et intelligent. C’est en effet au long cheminement du retour à la vie d’Adrien et de ses camarades d’infortune que nous assistons. Et c’est avec talent et pudeur, avec amour pourrait-on dire, que le réalisateur nous fait vivre, avec Adrien, l’impuissance et la souffrance de ses premières semaines d’hôspitalisation, le dégoût de lui-même longtemps ressenti en imaginant son état (tous les mirroirs ont été retirés de son environnement), puis la peur : la peur de se voir tel qu’il est, la peur et la difficulté de s’accepter et de se faire accepter aux autres (mais est-ce si différent ?).

Les trois acteurs principaux sont, bien sûr, pour beaucoup dans la qualité du film. Sabine Azema, en infirmière touchante de bonté et de sollicitude bienveillante et patiente, qui aime ce blessé d’un amour filial inébranlable. André Dussolier, en chirurgien passionné, aussi attaché à "réparer" ses patient qu’à faire avancer la science par des expérimentaions incessantes : "La science avance à grand pas en ce moment" se félicite-t-il dans le film en s’adressant à Adrien souffrant, défiguré, "Ah, tous ces progrès, c’est passionnant !".

Mais surtout, si La Chambre des Officiers est un film réussi, un film qui prend aux tripes et bouleverse réellement, c’est que François Dupeyron prend le temps d’aller au fond des choses, des sentiments, des personnalités et des psychologies. Et en sortant de la salle, outre le fait que l’on soit réellement "dérangé" par ce que l’on vient de voir, on n’éprouve pas le sentiment de superficialité qui caractérise habituellement l’œuvre cinématographique comparée à l’œuvre littéraire. Et à mon sens, c’est un sacré compliment !



Joel Fomperie

© Etat-critique.com - 11/11/2011