Bientôt dix ans que le groupe breton se plait dans un rock dénué d’originalité. Dix ans qu’il dénonce leurs contemporains. Dix ans qu’il compose des petits disques légers, gentiment subversifs mais au classicisme un peu encombrant.
Matmatah a un fort capital de sympathie. Il est facile d’apprécier leur coté malpoli, leur envie de chanter les excès, leurs paroles qui dénoncent les hypocrisies françaises et leur rudesse typiquement bretonne.
Depuis dix ans, Matmatah n’en finit pas de sortir d’une adolescence révoltée. Mais on est très loin de la musique touche pipi de Kyo ou Raphaël. Visiblement, les quatre Dalton de Matmatah ont beaucoup écouté de blues rock sudiste, Deep Purple, Jimmy Hendrix et le groupe de farfadets franchouillards, Ange. Matmatah sent bon les années 70 et se tient à cette bonne vieille formule avec plus ou moins de bonheur.
La Cerise reprend la formule habituelle. Cela fait mouche à certains moments et parfois c’est consternant. Les paroles sont fumeuses et certains titres relèvent de la redite. Lorsque l’on en a assez, le groupe a le chic pour trouver la petite trouvaille qui va bien : le meilleur morceau est l’astucieux Serpeta del Barrio fabriqué avec des messages de répondeurs.
La Cerise tient la route mais ne surprendra jamais. Tristan Nouarn et ses camarades fustigent les curés, les politiciens et les misères du monde. Ils emballent leurs sujets de prédilection sur une musique gentiment psychédélique et joliment rock. On regrettera néanmoins quelques fautes de goût qui font penser à du mauvais Aerosmith.
L’effort d’un rock à la française est à saluer mais il faudrait désormais que le groupe s’émancipe de ses inspirations celtes et rock. Comme l’été arrive, on ne leur en voudra pas. Etrangement, Matmatah s’écoute parfaitement pendant la saison chaude. Le groupe a le don pour être la bande son des vacances. La Cerise sort au bon moment. Il prépare à la légèreté de l’été. Il amène ce petit sentiment de liberté et d’énergie qui colle si bien aux beaux jours. Il suffira peut être d’une cerise pour affronter la canicule…
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 30/06/2007