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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

La Cantatrice Chauve

La Cantatrice Chauve

Eugène IONESCO et Jean-Luc LAGARCE

Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet jusqu’au 21 Novembre Et du 26 Novembre au 28 Novembre au Théâtre de Sartrouville.

Et ta critique ?




 

Arrivant au Théâtre de l'Athénée, j'entends : "Je ne suis pas venue pour voir du Ionesco moi, mais du Lagarce ! ''.

Certes, Lagarce est dans la tombe. Comme le Rideau est tombé depuis longtemps sur Ionesco. Nous n’avons droit que de voir des intermédiaires. Le Théâtre n'est donc qu'un intermédiaire entre nous, public, et les auteurs, les contextes et les époques historiques. Mais même dans leur ‘’absence’’, ils sont toujours aussi présents et vivants tous les deux. Ionesco par son écriture et Lagarce par sa mise en scène. nous n'avons le droit de ne voir que des intermédiaires. Et pourtant leur présence et leur folie sont encore extrêmement présentes, presque vivantes.

C’est touchant de voir combien cette troupe des Solitaires Intempestifs, ‘’dirigée’’ par François Berreur, et du Théâtre de la Roulotte (les deux troupes de Lagarce) se réunit pour monter de nouveau cette même pièce avec la même mise en scène que celle qu’ils avaient montée en 1992. C’est touchant de voir que l’œuvre d’un auteur continue, mais aussi celle d’un metteur en scène et de toute une équipe.

C’est une très belle mise en scène que l’on nous présente :
Un jardin anglais, dans la journée, le soir, une journée qui dure une éternité, une vie toute entière. On voit un couple typiquement anglais, Mr and Mrs Smith (non, il ne s’agit pas de Brad Pitt et d’Angelina Jolie), Mrs Smith habillée en tailleur rose bonbon (coup de cœur pour la couleur, mais surtout le chapeau), et Mr Smith en costume bleu-gris délavé et une cravate orange. Aucune communication entre eux. Pas un gramme d’intérêt. L’Autre s’est habitué à voir L’Autre, comme dirait Roland Barthes. On comprend que c’est la société anglaise, mais la société en général, qui est ainsi. On s’ennuie. On parle, on parle, mais on ne dit rien. Alors, les voisins, Mr and Mr Martin viennent, ayant des costumes identiques à ceux des Smith, pour eux aussi se changer les idées. Le capitaine des pompiers, la Bonne aussi. Mais ça reste toujours la même chose, la même chanson inaudible, on ne dit rien, et c’est bien bête d’être là plantés sur le gazon, essayant de se raconter des histoires drôles, pour avoir moins peur de la solitude à l’intérieur de son couple, et de sa propre et unique solitude.

Et pour la première fois, cette pièce nous paraît si logique, si claire, alors que l’on nous rabâche qu’elle n’est que le fruit du Théâtre de l’Absurde, de l’incohérence, presque de celui de la bêtise.  

C’est beau, c’est drôle, c'est du gros sel que l'on ajoute sur des pommes de terres encore brûlantes. C’est des gros grains de sucre qui croquent sur un pain au lait. Une très belle mise en scène acidulée, on en croquerait l'herbe qui jonche le plateau, et on mangerait la maison qui semble de chocolat et de pain d’épices. Une très belle distribution, coup de cœur pour Mireille Herbstmeyer et Olivier Achard, Mrs Smith et Mr Martin.  

 

http://www.athenee-theatre.com/index.cfm


Catherine Sibylle

© Etat-critique.com - 26/11/2009