RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Jeudi 24 Mai 2012Livre

La Banque

La Banque

Marc ROCHE

Albin Michel - 308 pages - 2010

Et ta critique ?




Détester les banques est à la mode, depuis le début de la dernière crise financière. Dans cette veine critique, Marc Roché nous livre un essai sur celle qu’il appelle LA banque : Goldman Sachs, essai sous-titré par un éditeur quelque peu racoleur : Comment Goldman Sachs dirige le monde.


Journaliste, correspondant du Monde à la City, Marc Roché met en perspective les récents événements qui ont projeté LA banque sur le devant de la scène médiatique, en narrant ses origines modestes, l’évolution de sa culture, et surtout les changements intervenus dans sa stratégie depuis le début des années 1980... Le devant de la scène médiatique ressemble si peu à Goldman Sachs !

Au commencement était une petite société d’escompte fondée en 1869 par des juifs allemands immigrés de fraîche date. Longtemps écartée des marchés les plus importants, durement éprouvée par la crise de 1929, mais aussi par l’antisémitisme de certains de ses concurrents, la banque ne prit vraiment son essor qu’après la seconde guerre mondiale, sous la direction de Sidney Weinberg.

Longtemps aussi, elle conserva, en même temps que son statut d’entreprise non cotée, le goût de la discrétion dans les affaires. Mais les années 1980, la dérégulation des principaux marchés financiers, ont libéré à la fois la créativité et la cupidité des meilleurs professionnels du secteur. Chez Goldman, la culture du trading, en particulier sur les marchés de matières premières, a pris le pas sur la culture du conseil, en même temps que l’activité s’internationalisait.

C’est ainsi que la banque, désormais cotée, est devenue le méchant numéro un parmi les banques qui ont su trop bien profiter de la crise aigüe de 2008. La gaffe du dirigeant Lloyd Blakfein, ou sa plaisanterie, comme la revendique l’intéressé, déclarant au cours d’une interview au Sunday Times « faire le travail de Dieu » a été montée en épingle pour stigmatiser l’arrogance et l’inconséquence de Wall Street. De sorte qu’aujourd’hui, malgré ses relations dans le monde politique, LA banque et ses semblables se trouve menacées de régulations coercitives.

L’enquête menée par Marc Roché s’appuie sur de nombreuses sources, pour mettre en lumière le principal travers de Goldman Sachs, au-delà des excès individuels de quelques-uns de ses employés ou associés. Ce travers tient en deux mots : conflit d’intérêts. Et sur ce point l’exposé est à la fois complet et précis, tout en restant à la portée de l’honnête homme par un effort réussi de vulgarisation financière.

La lecture reste d’ailleurs de bout en bout agréable, les chapitres courts et vivants, même s’il ne faut pas y chercher un plaisir trop littéraire : comme souvent les journalistes, Marc Roché semble plus à l’aise dans le rassemblement et l’analyse des faits et des témoignages que dans leur synthèse et leur mise en forme. D’où quelques redites, redondances, expressions maladroites et autres clichés.

Mais l’essentiel n’est pas là, et l’auteur nous livre in fine une analyse objective, en profondeur, des éléments constitutifs du système Goldman Sachs. Il ne condamne pas catégoriquement l’établissement, derrière les murs opaques duquel travaillent sans relâche les meilleurs professionnels du secteur. Même si les principes de Goldman, fondés sur la primauté du service au client, ont été foulés aux pieds à plusieurs occasions au cours des dernières décennies, ces mêmes clients sont pourtant restés fidèles, relève à juste titre Marc Roché.

Si le lecteur peut nourrir un regret, il est que Marc Roché n’aille pas plus loin, dans l’étude des solutions au problème qu’il dénonce, que la recension des projets gouvernementaux américains. On aimerait connaître son avis sur les mesures correctrices à prendre, ou encore sur le phénomène de concentration qu’il décrit justement, au sortir de la crise financière. A ce sujet, on peut d’ailleurs arguer que si, comme le dit Marc Roché, le marché devient un oligopole, et que les prix pratiqués par quelques banques too big to fail deviennent de ce fait déraisonnables, alors la porte s’ouvre à de nouveaux entrants, qu’on voit déjà à l’œuvre dans le domaine des fusions acquisitions où les boutiques banks taillent des croupières aux acteurs historiques.

Bref, la lecture instructive de La Banque mérite d’être prolongée, au-delà de sa propre réflexion, et pourquoi pas dans les pages du Monde ?


Philippe Muller

© Etat-critique.com - 22/01/2011