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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 La 7e femme

La 7e femme

Frédérique MOLAY

Fayard - 465 pages

Et ta critique ?




Récompensé par le Prix du Quai des Orfèvres en 2007, La 7e femme de Frédérique Molay mérite une lecture. Un jeune commissaire divisionnaire divorcé et un tueur en série,  des ingrédients maîtrisés pour un polar mené à train d’enfer dans le quotidien de la PJ.


Le prix du Quai des Orfèvres est décerné par un jury présidé par le Directeur de la Police judicaire au 36 quai des Orfèvres et proclamé par M. le Préfet de Police, rien que ça. Fondé en 1946 par Jacques Catineau, chacun peut envoyer un manuscrit inédit avant le 15 avril de chaque année. Si le prix n’est pas nécessairement un gage de réussite littéraire, il est en revanche une garantie de l’image et de l’ambiance régnant au 36.

Découpé en sept jours de la semaine et vingt et un chapitres, La 7e femme est un polar qui s’attache particulièrement au déroulement de l’enquête et au raisonnement du jeune commissaire Nico Sirsky. L’écriture est vive et ne s’embarrasse pas de descriptions de paysages, d’écriture littéraire ou d'esbrouffe. L’ambiance des 468 pages se dégage exclusivement des relations entre hommes et femmes bien plus que des murs du 36. Un monde fondé sur la réactivité et la faculté à rebondir sur les événements au détriment de sa vie privée et de sa vie affective.

Même si les murs et les couloirs de la PJ font l’objet d’une description, c’est le portrait de Sirsky qui mène l’intrigue presque à la manière d’un  journal  de bord. Entre solitude et désir, Sirsky est un commissaire solide mais forcément exposé. Le voilà pris dans l’enquête et apostrophé directement par ce tueur en série qui envisage de réécrire la Bible à sa manière en sacrifiant une femme par jour dans des conditions sadiques.

Pour gagner cette course contre la montre, le commissaire est entouré des fameux groupes du 36 et de tous les corps de métiers disponibles, médecins légistes, psychologues profileurs dont la récente création doit encore faire ses preuves,  CHU spécialisé en génétique, botaniste, graphologue, informaticien du SAT.  C’est probablement la richesse de ce polar. Une jolie synergie professionnelle déployée dans des temps record malgré les tracas quotidiens. Une expérience humaine proche du sacerdoce.

Si le héros est un homme, Frédérique Molay nous décrit une PJ en cours de mutation avec la féminisation de tous les corps de métier, et ce malgré les regards machistes. Le commissaire est entouré de professionnelles. Si Nico a un sixième sens et une intuition féminine, Armelle Vilars dirige la médecine légale, Amélie Ader est deuxième d’un groupe du 36,  Nicole Monthalet est Directeur régionale de la Police Judiciaire, Dominique Kreiss est psychologue analyste. Nico est divorcé mais ne tardera pas à retrouver une femme grâce à sa sœur. Un monde où les femmes luttent contre les clichés sociaux et culturels.

Aussi difficile d’être épouse que d’être mère écrit en substance Frédérique Molay. Le travail permet au moins d’aplanir, d’oublier ces difficultés, voire de les réparer. Le tueur de son côté n’a visiblement pas réussi à entrer en résilience comme dirait Cyrulnik…

La femme est au centre de ce polar, convoitise du tueur ou partenaire de Sirsky. Voilà ce qui en fait une expérience sincère. Ici ce sont les professionnelles qui gagnent loin des clichés sexués, sur un découpage scénaristique plutôt réussi. En suivant l’évolution de Sirsky, Frédérique Molay ne tombe pas dans les caricatures du polar américain ou des séries télé. Avec cohérence elle laisse Sirsky comme le lecteur explorer les fausses pistes déployées par un tueur plus que rusé. Un bon polar réaliste peut-être pas à la hauteur du prix du Quai mais qui a au moins le mérite de se fonder sur un réalisme reconnu.


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 14/03/2008