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Jeudi 24 Mai 2012Livre

LA CHAMBRE DES MORTS

LA CHAMBRE DES MORTS

Franck THILLIEZ

(Pocket - 2006)- 341 pages- Prix des lecteurs Quais du Polar- Prix SNCF du polar

Et ta critique ?




Paru en 2005 aux éditions Le Passage, réédité en 2007 à l’occasion de l’adaptation cinématographique, La Chambre des morts est un thriller à découvrir avant le film...

Le polar débute avec le bon vieux thème de l’argent qui avait déjà eu raison de l’amitié des jeunes dans Petits meurtres entre amis en 1994. Souvenez-vous, dans le film de Danny Boyle, des amis recrutent un colocataire qui meurt en silence. Dans la chambre du mort, une valise pleine de billets. S’ensuit alors une succession d’horreurs poussées par la vénalité de l’âme humaine.

Ici, ce sont deux jeunes chômeurs, Vigo et Sylvain, qui percutent le hasard et son odeur pécuniaire. L’action se passe dans la région de Dunkerque. Une nuit, ils renversent un homme avec une mallette pleine de billets : deux millions d’euros. L’homme s’apprêtait à verser une rançon pour récupérer sa fillette kidnappée. Vigo et Sylvain dissimulent l’argent et le corps. La fillette meurt. C’est sans compter sur la Bête qui souhaiterait récupérer son argent, tout en continuant à exercer son art meurtrier, et la perspicacité de la police représentée surtout par Lucie. Vigo et Sylvain viennent de signer un pacte avec le diable à leur insu.

Proche de Seven pour l’esprit violent de la Bête qui est fan de taxidermie et de King pour les schémas narratifs, La Chambre des morts est un thriller qui parvient à vous coller des angoisses et des peurs certaines. L’écriture de Thilliez joue volontiers avec les métaphores, n’hésitant pas à intégrer des réseaux où chacun retrouve ses petits. L’imaginaire galope et s’emballe.  Ca fonctionne bien, très bien même.

Le coup de plume psychologique fait penser à Dennis Lehane. Références à Grangé, King, Blair Witch, Silences des Agneaux, écorché de Fragonard. De ce point de vue là, l’intrigue est très réussie même si elle révèle peut-être des hésitations dans l’écriture. Imbibé de ces références, Thilliez bouillonne et n’exploite jamais jusqu’au bout le filon. La mine semble pourtant bien riche. Des pépites d’écriture parsèment l’histoire mais l’auteur préfère  sauter d’une référence à l’autre. On bascule de la police scientifique vers le drame psychologique, du suspense vers l’enquête policière. C’est un peu tout à la fois mais avec écrit avec talent.

Les chapitres se succèdent en alternant les points de vue et les lieux, ce qui permet d’augmenter le suspens et de rythmer intelligemment le récit. Ellipses. Une sorte de ballade cinématographique en somme dans le nord de la France plutôt efficace même si elle vexera les locaux qui verront ici une nouvelle occasion manquée de rehausser le paysage des ch’ti ! Tout est fait pour alourdir le climat, thriller oblige. Les terrils et les ouvriers ont du bleu à l’âme, Thilliez aussi. Les paysages bien connus de l’auteur  sont des personnages qui souffrent en silence.

Quelques confusions  sur l’univers des flics énerveront peut-être les fans de polar qui ne laisseront pas passer ces boulettes, mais qu’importe, Thilliez vient d’ouvrir une nouvelle mine de polar influencée par les USA. On ne peut que se réjouir de cette jeune plume made in France promis à un bel avenir. Un regret cependant pour la fin du livre. La Chambre des Morts nous captive tellement qu’on ne peut être que déçu ou surpris. Une fin en coucher de soleil qui rebondit en épilogue ; une fin qui a du mal à finir. Comme une difficulté à sortir indemne de l’écriture et de l’univers de la Bête. Comme un blues après un accouchement mouvementé. Mais le nouveau-né a de l’avenir. A lire.


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 22/12/2007