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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 L'orphelinat

L'orphelinat

Juan Antonio BAYONA

Avec Belen Rueda, Fernando Cayo, Mabel Rivera et Géraldine Chaplin Wild bunch – 05 mars 2008 – 1h46

Et ta critique ?




Après le formidable L’échine du diable, l’Espagne continue de se faire peur dans une noble institution. Le frisson traverse les Pyrénées et L’orphelinat se révèle comme une œuvre forte qui a tout compris à l’horreur. L’Espagne est vraiment le refuge du cinéma de genre !

Pendant que nous transformons Estelle Lefebure en nazie cannibale, les Espagnols ne limitent pas le film de genre à des fantasmes gores et régressifs. Dans la péninsule ibérique, le fantastique et l’épouvante sont bien soignés et fièrement célébrés. On ne compte plus les réalisateurs qui ont offert de beaux et nobles frissons avec des films culottés et léchés.

Depuis Alex de la Iglesia, Guillermo del Toro a affiné le cinéma fantastique hispanique et d’autres ont suivi ! JA Bayona est le nouveau prodige en date. Son film avait une réputation flatteuse. C’est mieux que cela.

Laura retrouve l’orphelinat où elle a passé son enfance. Elle va ouvrir un centre pour jeunes handicapés. Elle s’installe dans la vieille demeure avec son mari, médecin et son fils, Simon, malade et adopté. Ce dernier a tendance à s’inventer des amis imaginaires et depuis son arrivée dans l’orphelinat, Simon a de plus en plus d’amis transparents.

Laura se pose des questions d’autant que certains souvenirs douloureux refont surface. Décidément, le monde de l’enfance influence les cinéastes espagnols. Après L’échine du diable ou Les autres, les enfants sont encore l’enjeu et le secret d’un film d’épouvante.

Comme les deux autres films cités, l’horreur de la fiction se confond petit à petit avec des angoisses beaucoup plus intimes. C’est ce qui fait tout le génie de L’orphelinat. Les stéréotypes sont appliqués avec un respect infini mais aussi avec la vertu de ne pas rester dans l’esbroufe et l’effet gratuit, grand mal français.

Le film est donc avant tout un beau portrait d’une femme meurtrie, étouffée par la disparition et la douleur. On n’en racontera pas plus mais le cinéaste sait filmer le combat intérieur de Laura, en mêlant effets de pure terreur  et compositions d’images émouvantes. Bayona offre un rôle magnifique à Belen Rueda, actrice voluptueuse et sensible. Tout le contraire d’un cauchemar !

Le film est finalement un conte gothique. Il traite avec une imagination salvatrice des problèmes bien réels et difficile à aborder (le film rappelle aussi le très fort Dark Water par ses thèmes). Les fantômes hantent les vivants pour que ces derniers ne vivent pas comme des zombies. Cela pourrait être la morale étonnante de cet étrange film attendrissant par sa délicatesse et palpitant par la tension qu’il provoque. Orphelin d’un bon cinéma de genre, il faut donc définitivement surveiller ce qu’il se passe de l’autre coté des Pyrénées.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 11/03/2008